La route de l’obsidienne

obsidienne
© Les Chalcophores

L’association des Chalcophore (« porteurs de cuivre », par référence à la période du Chalcolithique, à la fin de l’Âge de pierre) regroupe une quinzaine de fondus d’artisanat et d’archéologie expérimentale. Conjuguant recherche sur les techniques du Néolithique, expérimentations et animations auprès du grand public, cette bande s’est implantée depuis deux ans en Corse, d’où elle s’apprête à prendre la mer.

La géologie corse est avare de roches propres à la fabrication d’outils : les minéraux locaux, granit en tête, ne se prêtent pas à la constitution d’arêtes tranchantes. L’analyse des trouvailles préhistoriques dans l’île fait apparaître que ses anciens habitants ont eu recours, pendant toute la durée du Néolithique (de 7000 à 2000 ans avant notre ère environ) à de l’obsidienne de Sardaigne, verre volcanique extrait d’une carrière du mont Arci. Comment le minéral était-il transporté d’une île à l’autre, de part et d’autre des bouches de Bonifacio (6,5 milles au plus court, déjà à l’époque) ? En l’absence de vestiges nautiques, l’hypothèse que se proposent de tester les Chalcophore est celle de l’utilisation de pirogues doubles, à l’instar de celles retrouvées au bord de plans d’eau fermés de Bretagne ou du Jura et au bord de la Seine, et qui présentaient des trous dans les flancs, permettant de les réunir par des perches transversales.

Pour construire les deux pirogues monoxyles servant de flotteurs à ce catamaran préhistorique, une équipe de trois membres de l’association, avec le renfort de deux maîtres en la matière, Philippe Guillonnet et Emmanuel Verton, s’est chargée de l’abattage d’un arbre trouvé dans la forêt de Quenza grâce au concours de l’onf. Cinq heures de travail acharné leur ont été nécessaires pour faire tomber ce pin maritime de 28 mètres de haut pour 90 centimètres de diamètre au pied : tout le travail du bois, abattage compris, est fait avec des outils en bois, en pierre, et en bois de cervidés. Après débitage, les billons ont été transportés, pour être creusés en public, sur le site préhistorique de Cucuruzzu.

Le façonnage des deux flotteurs de 7 et 6 mètres achevé, à la fin du mois d’août, la pirogue double sera assemblée et mise à l’eau à Propriano d’où elle doit s’élancer le 16 septembre, cabotant vers le Sud pendant les Journées du patrimoine avant de traverser les bouches de Bonifacio vers le 19 septembre, avec un équipage de huit rameurs et deux barreurs. Les qualités de marche et de manœuvre de l’embarcation, sa capacité de charge et la manœuvre promettent de riches leçons.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Les derniers articles

Chasse-Marée