La Rochelle et la Delmas

Le titre de l’exposition présentée jusqu’au 31 octobre au musée maritime de La Rochelle – Nous avons fait la Delmas – est fort bien trouvé.

la rochelle et le delmas
© C. Plagué

Car les Rochelais ont beaucoup oeuvré pour cette entreprise durant un siècle et demi. L’exposition se nourrit d’ailleurs de leurs témoignages et des vestiges qu’ils ont conservés de cette activité. « Nous avons pris le parti de mettre en avant les hommes qui ont fait cette compagnie », résume Nathalie Fiquet, la conservatrice du musée.

Le 15 juin 1867, alors que la voile domine encore, Frank et Julien Delmas, les deux fils du pasteur évangéliste de La Rochelle, arment un vapeur pour assurer une liaison avec l’île de Ré puis celle d’Oléron. Trois ans plus tard, suite à la perte de l’Alsace, leur frère Émile quitte Mulhouse où il s’était établi suite à son mariage et apporte à la compagnie des capitaux et un emblème, la roue de moulin empruntée au blason de Mulhouse. Les navires arborant cette roue dentée sur leur cheminée vont bientôt sillonner toutes les mers du globe. En 1873, la compagnie ouvre une ligne vers l’Angleterre, d’où elle importe du charbon en échange de poteaux de mine issus des forêts landaises. Elle développe aussi le trafic avec l’Espagne, important notamment du minerai de Bilbao. En 1886, la société prend le nom de Delmas frères & Vieljeux avec l’arrivée de Léonce Vieljeux, un Ardéchois protestant qui a épousé Hélène, la fille de Frank. La desserte des îles est abandonnée, mais la Delmas s’ouvre au commerce colonial, notamment pour le vin d’Algérie et le bois d’Afrique occidentale.

Les deux guerres mondiales anéantissent sa flotte, mais la Delmas se relève toujours et ne cesse de croître. Elle arme sept navires en 1919, trente-quatre au seuil des années trente, réduit la toile pendant la crise de 1929, puis redémarre de plus belle avec les Liberty-ships de l’après-guerre. La société se diversifie, investit dans la construction navale, le charbonnage et la distribution du pétrole, absorbe des concurrents comme la Compagnie havraise péninsulaire en 1980, jusqu’à sa prise de contrôle par le groupe Bolloré en 1991.

Maquettes, affiches, photos et objets témoignent de ces cent cinquante ans d’activité. Mais l’exposition se veut aussi un hommage aux grands Rochelais qu’étaient Émile Delmas, maire de la ville de 1884 à 1893 et promoteur du port de La Pallice, et Léonce Vieljeux, élu maire en 1930, qui compensera son hostilité au Front populaire par sa conduite héroïque sous l’Occupation : ayant refusé de hisser le drapeau nazi sur l’hôtel de ville, il est destitué de son mandat et sera déporté et exécuté au camp de Struthof pour avoir couvert la fuite de deux résistants ouvriers de son chantier naval.

Crédit iconographique : C. Plagué

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