La mer contre la mine

Créé en 2008 dans le Pays de Lorient, le festival de films Pêcheurs du monde propose chaque année un programme de projections, de débats et de réflexion citoyenne sur le destin des communautés littorales du monde entier. Cette année, pas moins de 13 pays sont représentés dans les 34 films sélectionnés, dont 11 en compétition. Parmi eux, le documentaire du réalisateur malgache Nantenaina Lova raconte la résistance de pêcheurs de la communauté Vézo, « le peuple de la mer », (CM 184 et 206) face à la compagnie australienne World Titanium Resources, qui projette d’exploiter une mine de sables minéralisés près de Toliara, dans le Sud-Ouest de Madagascar.

À bord de sa pirogue à balancier et voile carrée, le personnage central, Edmond, pêche près de la grande plage d’Andaboy, menacée par les infras-tructures portuaires liées à l’exportation du sable.

Dans leur lutte contre le projet minier, les Vézos sont solidaires d’une autre communauté, les Masikoro, «gens de la terre » auprès de qui Edmond commande une nouvelle pirogue. Celle-ci est livrée par une charrette tirée par deux zébus. Arrivé à bon port, Edmond décore le bois brut de la coque d’une « étoile du matin » : Aza Kivy, qui donne son nom au documentaire. La pirogue est omniprésente dans la vie des Vézos. Une scène du film montre des enfants en train de fabriquer des maquettes à l’aide de lames de rasoir. Tandis qu’ils jouent à l’embouchure de la rivière, les adultes mettent à l’eau les « vraies » pirogues en quête de poissons, de poulpes et de coquillages qui se font rares : si la mine menace l’avenir, les dégâts de la pêche industrielle sont déjà bien présents.

Aza Kivy donne à voir un combat politique face aux dégâts humains et environnementaux de la mondialisation. La lutte est également spirituelle, car le projet détruirait des terres sacrées et des zones de sépultures. Dans la scène d’ouverture, le musicien Remanindry – issu du « peuple des épines », les Antandroy – fait vibrer les cordes de son lokanga, type de violon à trois cordes, et met en garde ceux qui viendraient déranger les ancêtres, au risque d’attirer le malheur sur une terre devenue stérile. L’alliance des peuples de la mer, de la terre et des épines viendra-t-elle à bout de la mine ? Pour l’instant le projet est à l’arrêt, mais la durée du permis d’exploitation est de quarante ans : assez pour ruiner la vie et les espoirs d’Edmond et des siens. Vincent Guigueno

Le documentaire de Nantenaina Lova Aza Kivy, Étoile du matin peut être visionné sur le média en ligne KuB (<kubweb.media>).

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Par Philippe Couteau – Le long des côtes Sud-. Ouest de Madagascar, les Vezo constituent une ethnie à part dans la mosaïque humaine de la Grande Ile. Ce sont les seuls Malgaches qui dépendent encore étroitement de la mer pour subsister et se déplacer. Outils de travail et objets de fierté, leurs pirogues, creusées dans des troncs de farafatse, sont dotées d’un seul flotteur et d’une voile carrée à balestron.

La pêche à la tortue chez les Vezo : Madagascar, article publié dans le Chasse-Marée n°184 en janvier 2006

Par Philippe Couteau – Au Sud-Ouest de Madagascar, les Vezo chassent encore la tortue au harpon, une activité traditionnelle qui implique le respect de la proie, dont le sacrifice obéit à un rituel immuable. Mais l’évolution récente des techniques mises en œuvre pour la capturer et la commercialiser témoigne des changements intervenus dans le mode de vie de cette population.

 

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