La Golden Globe Race, l’esprit vintage

Golden Globe Race, Susie Goodall
© Maverick Sport/GGR/PPL

On n’en finira décidément jamais de faire du neuf avec du vieux : après les répliques de bateaux anciens, voilà la réplique d’une ancienne course ! La Golden Globe Race rend hommage à la Sunday Times Golden Globe Race (ou Golden Globe Challenge) de 1968-1969, qui a fait entrer dans la légende dorée Robin Knox-Johnston et Bernard Moitessier… et qui alimente encore aujourd’hui sur les écrans la légende noire de Donald Crowhurst*.

Sans refaire le film de l’édition de 1968 (nous consacrerons dans le numéro 297 un article aux différents bateaux engagés), rappelons simplement que cette odyssée fut initiée par Francis Chichester après son tour du monde en solitaire sur Gipsy Moth IV. Elle réunit neuf concurrents, dont un seul termina la course, Knox-Johnston, après l’abandon de Moitessier, parti « sauver son âme » dans un second tour du monde, ce qu’il racontera magistralement dans La Longue Route (1971), un livre devenu lui aussi mythique.

Cette grande première autour du monde, en solitaire, sans escale et sans assistance, en inspira d’autres du même tonneau : Knox-Johnston, encore lui, mais cette fois dûment anobli par Sa Majesté, créa le BOC Challenge en 1982, et Philippe Jeantot, le Vendée Globe en 1989, deux petits frères dignes d’intérêt. Mais l’aînée – autres temps, autres mœurs – laissait le lieu et la date du départ au choix des concurrents, à une latitude supérieure à 40° Nord et dans une fenêtre ouverte entre le 1er juin et le 31 octobre 1968. Pour le reste, tout était libre. Et c’est aussi sur ce grand air de liberté que s’est bâtie la légende…

Il faut sans doute un petit grain de folie pour remettre le couvert cinquante ans après. L’initiative du remake revient à Don McIntyre, un drôle de personnage – âgé de dix ans en 1968 –, qui n’en est pas à son coup d’essai. Pour commencer, les voiliers sont des bateaux de série en polyester (construits à au moins vingt exemplaires), proches de ceux qui existaient à l’époque, d’une longueur comprise entre 9,75 mètres et 10,97 mètres (de 32 à 36 pieds), dotés d’une quille longue avec un safran sur le bord de fuite, déplaçant au moins 6,2 tonnes. Les seules modifications autorisées concernent la sécurité et le gain de place par rapport aux emménagements.

Parmi les modèles autorisés à prendre le départ de la Golden Globe Race, les Rustler 36 comme celui de l’unique concurrente féminine, la Britannique Susie Goodall, sont les plus nombreux, suivis des Biscay 36 comme ceux du Français Antoine Cousot ou de l’Irlandais Gregor McGuckin.

Golden Globe Race

© Antoine Cousot/GGR/PPL

Golden Globe Race

© Gregor McGuckin/GGR/PPL

SEXTANT ET TABLES ASTRONOMIQUES

Les concurrents sont limités à onze voiles à bord des cotres et sloups, et treize pour les ketchs. Aucun instrument postérieur à 1968 n’est autorisé : adieu montres à quartz, dessalinisateurs, anémomètres, pilotes automatiques, GPS et autres ordinateurs ; bonjour baromètres, régulateurs d’allures, lochs mécaniques, cartes papier, sextants, calculettes et tables astronomiques… Les concurrents n’ont évidemment pas droit au routage ni à aucun moyen de savoir où se trouvent leurs petits camarades.

Dans le même esprit, les appareils photo sont argentiques. Quatre « portes de passages » sont réparties sur le parcours entre
les trois caps pour déposer les pellicules et courriers, voire réaliser quelques interviews. Si un téléphone satellitaire (Iridium) est autorisé, son usage est réservé aux vacations avec l’organisation. Seule la BLU permettra aux concurrents d’envoyer des nouvelles à leurs proches, par le biais des radioamateurs. Une balise embarquée sur les voiliers donnera leur position au PC course.

À l’heure où nous écrivons, dix-neuf concurrents sont potentiellement aptes à prendre le départ de l’épreuve – dont les inscriptions sont closes depuis le 1er avril dernier ! Ils ont dû passer par des qualifications : parcourir 1 000 milles en solitaire, par exemple, et réaliser un parcours sur un triangle de 10 milles sous gréement de fortune à bord du bateau engagé dans la course – ceci imposant de démâter proprement avant et de réaliser son gréement de secours pendant la qualification.

Ces aventuriers tendance vintage viennent de treize pays différents : quatre sont français, deux australiens, trois anglais et on compte un concurrent américain, un finlandais, un irlandais, un indien, un estonien, un italien, un hollandais, un norvégien, un russe et un palestinien. Susie Goodall, une Anglaise de vingt-huit ans, est à la fois la benjamine de la course et son seul élément féminin. Côté bateaux, on note la franche domination
des Rustler 36 avec sept engagés, suivis de trois Biscay 36, deux Endurance 35, deux Tradewind 35, un Lello 34, un OE32, un Gaia 36, un Nicholson 32. Le concurrent indien court sur une réplique de Suhaili, le voilier de Knox-Johnston.

Le départ sera donné le 1er juillet aux Sables-d’Olonne. Ils ont 30 000 milles à parcourir. Personne ne s’attend à les revoir avant deux cents jours. N. C.

* Le film Crowhurst (2017), de Simon Rumley, raconte le cauchemar du skipper de Teignmouth Electron et son suicide. Le Jour de mon retour (The Mercy), de James Marsh, est sorti sur les écrans début 2018.

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