La Cordelière reste introuvable

La Marie-Cordelière fait rêver Michel L’Hour, directeur du Département de recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines du ministère de la Culture (DRASSM), depuis 1986. Le navire amiral de la flotte de la duchesse Anne, long de quarante mètres et jaugeant de sept à huit cents tonneaux, a fait naufrage avec le Regent, fleuron de la flotte d’Henri VIII, le 10  août  1512, lors de la bataille navale devenue mythique entre les Anglais et l’alliance franco-bretonne. Le lieu exact du naufrage, dans le goulet de Brest, est resté introuvable et les premières recherches, entre 1996 et 2001, sont restées sans succès (CM 130).

Michel L’Hour et Olivia Hulot, archéologue au drassm, ont lancé en 2018 une nouvelle campagne de prospection sur trois ans (CM 295 et 298). Pour optimiser les chances, ils jouent la pluridisciplinarité. Outre les recherches en amont des archéologues, un travail documentaire a permis de préciser les conditions météorologiques et hydrographiques (marées et courants) du jour de la bataille, afin de localiser sur la carte du goulet du Brest divers « points d’intérêt ».

Le 3 juin dernier commençait ainsi, à bord de l’André-Malraux, le navire du DRASSM, la nouvelle étape des recherches, dite survey. 

Celle-ci permet d’hydrographier précisément chaque point d’intérêt, à l’aide d’un sonar latéral, d’une sonde à sédiments, d’un magnétomètre, et d’un sonar multifaisceaux. Pendant ces journées, le nez collé aux écrans des ordinateurs qui transmettent les images des différents appareils, les techniciens enregistrent patiemment les données tandis que le bateau effectue des allers-retours sur les points d’intérêts. Cette étape permet d’identifier des lieux où la présence de la Cordelière est possible. Ceux-ci sont ensuite fouillés par des plongeurs et des robots, capables de rester plus longtemps sous l’eau.

Si la Cordelière suscite un tel intérêt, c’est parce qu’elle représente pour Michel L’Hour « un véritable musée des XVe et XVIe  siècles, qui permettrait d’en connaître plus sur l’architecture navale et la culture maritime de l’époque. » Le chercheur ne veut pas se montrer trop optimiste, mais peut-être la recherche leur réservera-t-elle une surprise, comme lors de la campagne 2018. Les fonds du Sud de la pointe du Petit Minou avaient alors révélé une nouvelle énigme : l’épave d’un autre navire du XVIe  siècle, qui n’a pas encore été identifiée. Cette année, seule une épave du XVIIe ou XVIIIe siècle a été repérée. Rendez-vous pour la troisième phase, en 2020. • M. L.-C.

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