Un Jézéquel de grand-père en petits-fils

"Le Tout comme !" est un Jézéquel 5,60 m, construit en 1966. Il doit son nom à une expression fréquemment utilisée par la mère de son premier propriétaire, mon grand-père François Le Faucheur, qui l’avait commandé pour sa retraite et qui a longtemps navigué avec lui en baie de Saint-Malo.

© Gwendal Jaffry

Le bateau était alors connu intra-muros pour ses retours de pêche dont le produit était largement partagé avec les voisins du quartier.

Dans les années soixante-dix, le Tout comme ! est entretenu au chantier naval de la Landriais, sur la Rance. En 1984, le rouf est refait à neuf au chantier naval de Tanet au Minihic-sur-Rance. Au milieu des années quatre-vingt, les petits-enfants du propriétaire et leurs cousins font naviguer le bateau, souvent basé à Binic, entre la baie de Saint-Brieuc et celle de Saint-Malo. En flottille, ce petit sloup marconi, véloce, mouillant peu et tenant bien la mer, a aussi effectué de mémorables croisières vers Chausey, les Minquiers et Ploumanac’h.

De 1989 à 1992, je fais naviguer le Jézéquel – qui, en 1991, au décès de François Le Faucheur, passe aux mains de Jean, mon père, bien connu dans le monde du atrimoine maritime – en baie d’Audierne et de Douarnenez. Il est ensuite convoyé jusqu’au Rheu sur la Vilaine, où il est tiré à terre. Mon père souhaite le doter d’un gréement houari militaire avec bout-dehors. Il veut aussi faire un pont en teck et remplacer le moteur à essence d’origine (Couach 5 ch) par un diesel Perkins plus puissant. Mais le projet traîne en longueur et le Tout comme ! va passer vingt ans hors de l’eau, voire parfois sous l’eau… C’est ainsi que je le découvre au décès de mon père, fin 2014.

En août 2015, je l’ai rapatrié par la route à Nantes pour une restauration au chantier de l’Esclain, l’idée étant de remettre ce joli sloup au plus près de son état d’origine, en conservant son esprit de balade côtière à la journée ou au week-end, en équipage réduit. Après nettoyage, le constat va révéler malheureusement une coque en plus mauvais état qu’on ne l’imaginait. Il faut enlever le pont en teck, mal posé, et celui en contre-plaqué d’origine, qui a souffert. Je trouve de la pourriture sur l’étambot et le retour de galbord. Tandis que les charpentiers professionnels travaillent sur ces points, je m’occupe de décaper puis repeindre entièrement l’intérieur et le rouf, tout en réparant certaines zones du bordé. La remise à l’eau, initialement envisagée pour les cinquante ans du bateau et de son propriétaire, aura finalement lieu l’été prochain lors des Rendez-vous de l’Erdre.

par Thierry Le Faucheur

Crédit iconographique : Gwendal Jaffry

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