Éditorial N°299

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Aux fêtes maritimes de Douarnenez l'été dernier, Germaine, yawl sur plans Nicholson (1882), devant Girl Joyce, Plymouth hooker (1855), Grayhound, lougre de Cournouailles (2012), et Johanna Lucretia, goélette à hunier (1945). © Mélanie Joubert

Il suffit d’un regard. À chaque édition des fêtes maritimes de Douarnenez – auxquelles nous consacrons un portfolio d’Erwan Crouan –, sitôt qu’il découvre le port et sa rade, d’un coup d’oeil, le visiteur peut juger de la qualité de la flottille. Les jours suivants, sa première impression sera rarement démentie, qu’il arpente les quais ou se balade sur le plan d’eau.

Elle sera même magnifiée quand il s’accoude à la jetée pour prendre le temps de la contemplation, savourant un ballet nautique dont la poésie et la puissance sont enrichies des commentaires des spécialistes. « Les années où on succède à Brest, explique Élodie Buhot, coordinatrice maritime du festival Temps fête, à Douarnenez, il y a naturellement beaucoup de bateaux qui s’inscrivent. Les années “sans Brest”, comme en 2018, ils sont moins nombreux. On doit alors travailler à remplir le port, sans faire la course au nombre pour autant. Dans les deux cas, la sélection est importante afin de parvenir à un ensemble de qualité. »

Pour remplir ces objectifs, Élodie et son équipe parcourent chaque année des milliers de kilomètres afin de voir les bateaux, de rencontrer les équipages. C’est ainsi qu’avec l’entremise du charpentier Luke Powell a été constituée cette année une très belle « ligne des pilotes » à l’entrée du port.

Dans le même temps, certaines demandes d’inscription sont moins opportunes… Comment répondre aux candidatures incongrues ? « Je ne dis jamais non, poursuit Élodie. En revanche, s’il me semble qu’un demandeur n’a pas sa place au sein de la fête, je lui explique qu’il y a d’autres ports susceptibles de l’accueillir à Douarnenez, qu’il peut naviguer en baie, sans s’inscrire dans la scénographie. Cela dit, il faut noter que ces “indésirables” sont moins nombreux d’année en année. » La flottille des unités classiques et traditionnelles gagnerait-elle en qualité ? Est-ce la disparition des « bateaux d’apparence patrimoniale » – selon l’expression de Gérard d’Aboville qui oppose ces « bap » aux « bip », dont le I renvoie à l’« intérêt » ?

Peut-être… mais pas complètement. Quarante ans après qu’on a commencé à renouer largement avec les bateaux de nos côtes et de nos fleuves, gagnant saison après saison en connaissance et donc en authenticité, on peut demeurer surpris de voir comme les canots de pacotille ou les galions d’opérette ont la vie dure… Comme s’il suffisait d’arborer une simple voile rouge, voire un gréement à corne – avec des espars en aluminium – pour prendre part à certaines manifestations. L’image est alors gâchée, l’histoire desservie…

Que penserait le public si on prenait la peine de lui donner des clefs pour comprendre ? Pour chaque bateau, les organisateurs devraient être en mesure d’expliquer son intérêt, patrimonial voire architectural. Un intérêt culturel, en somme. Procéder ainsi donnerait à nos fêtes de meilleures bases, les enrichirait et les ouvrirait à de nouveaux domaines, échos du passé passionnants et assurément fédérateurs.

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