Éditorial : et si ?…

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Édifiée dès 1508, l’église Saint-Nonna de Penmarc’h (Finistère) présente plusieurs bas-reliefs montrant notamment des navires de pêche et de commerce (ci-dessus). Penmarc’h connaît alors une période commerciale florissante, l’Espagne et ses colonies américaines constituant l’un des principaux débouchés des produits bretons… © Axel Kahn

Le 10 août 1519, les cinq navires de la flottille de Fernão de Magalhães – dit Magellan – appareillaient de Séville pour un voyage autour du monde par l’Ouest, périple de trois années que seule la Victoria bouclera, ramenée à bon port par le Basque Juan Sebastián Elcano après le décès de Magellan à Mactan (Philippines). Pour la première fois de l’Histoire, un navire faisait le tour de la terre.

De ces cinq voiliers, on sait que trois étaient basques et un, galicien. Quant au dernier… L’Archivo general de Indias, rédigé à la suite de l’appareillage des navires d’Espagne, cite la Concepción, la Victoria, le San Antonio, la Trinidad et enfin le Santiago, une nef de 75 tonneaux. Mais quelques pages plus loin, quand sont détaillés les frais d’armement et d’avitaillement, la nef Santiago est évoquée sous le nom de Santiago Bretona. Un des navires de Magellan aurait-il été breton ?

C’est la question que se pose aujourd’hui l’association Albaola qui, à Pasaia, s’apprête à mettre sur cale une réplique de la Victoria. « Le mois prochain, précise Xabi Agote, son président, nous allons plonger en Indonésie à la recherche de l’épave de la Trinidad, qui y a fait naufrage en 1522. Ensuite, nous projetons de nous rendre en Patagonie pour rechercher celle du Santiago, dont on sait où il a coulé. » Dans sa relation du voyage de 1519, Antonio Pigafetta, supplétif et serviteur de Magellan, décrit en effet avec une assez grande précision le lieu où le navire a sombré, tandis que le reste de la flottille se trouvait au mouillage à San Julián. « Santiago, en allant découvrir la côte, se perdit, écrit Pigafetta. Toutefois, tous les hommes se sauvèrent par miracle, car ils s’étaient à peine mouillés, et deux de ces hommes revinrent vers nous et nous dirent tout ce qui s’était passé. Magellan envoya alors incontinent quelques hommes avec des sacs pleins de biscuits pour deux mois aux autres qui s’étaient échappés du navire naufragé, et chaque jour nous trouvions quelque chose du navire. L’endroit où étaient ces hommes se trouvait à 25 lieues de nous. » Si les archéologues parviennent à trouver l’épave, l’analyse des pièces de charpente permettra d’obtenir des informations sur l’origine géographique des bois. Et si ceux-ci viennent de Bretagne… « Au-delà de cette quête, poursuit Xabi, peut-être des historiens ont-ils des pistes pour travailler sur cette hypothèse d’un bateau breton dans la flottille de Magellan. Ce serait intéressant de lancer de telles recherches en même temps qu’on travaille sur le terrain argentin. »

Et si ?… Déjà, on se prend à rêver de voir une nef renaître en Bretagne, en même temps qu’Albaola reconstruira la Victoria. Le 6 septembre 2022, à Sanlúcar de Barrameda, à l’embouchure du Guadalquivir, on célébrera le cinq centième anniversaire du retour d’Elcano et de ses vingt membres d’équipage (sur les deux cent quarante-deux ayant pris part au voyage, dont dix-neuf Français)… Il reste un peu plus de trois ans !

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