Editorial 314 : ce qui n’a rien d’annexe…

©Annie Fyot

Après avoir bouclé l’article sur les Galup que vous découvrirez à la fin de ce nouveau numéro, songeant au plus petit de ces canots (2,80 mètres), qu’un de ses constructeurs, pour s’en servir comme annexe, a rendu démontable, j’ai saisi « annexe » dans un moteur de recherche bien connu sur Internet afin d’analyser l’offre actuelle en la matière. Résultat : du gonflable, rien que du « pneu » sur toute la première page, à l’exception de deux canots rigides et dotés d’avirons. Sur les sites anglophones, le résultat s’est montré assez identique… même si les premières occurrences font ressortir des unités un peu plus fortes. Enfin et pour finir, un petit tour sur les sites de deux grandes enseignes d’accastillage m’a montré un résultat absolument similaire.

Si l’on se réfère à ces produits, une annexe n’aurait de nos jours qu’un seul usage, ou presque : déplacer du poids – équipiers ou matériel –, parfois important, d’un point A à un point B. Et, éventuellement pour celles dotées d’un hors-bord, tourner plein gaz afin de s’offrir quelques sensations. Mécanique dont il conviendra d’ailleurs de se méfier car, si elle tombe en panne, le fardage des bateaux mous et leur traînée sont tels qu’il peut être difficile de les faire avancer à la pagaie, seul autre mode de propulsion réellement envisageable.

Preuve s’il en est que les annexes d’aujourd’hui ne peuvent guère offrir plus, on voit désormais fleurir à bord des bateaux de croisière, en plus de l’annexe, des planches à voiles amarrées dans les filières, des planches de paddle pliés en sac, des dériveurs gonflables ou démontables, embarcations performantes et très astucieuses dans leur conception, mais qui illustrent bien que l’annexe ne suffit plus à remplir plus les rôles – « annexes », justement – qu’elle a longtemps eus. Jadis, sur un youyou en dur correctement accastillé, on pouvait se balader avec plaisir à l’aviron ou à la godille, mouiller une petite palangre… Au mouillage, l’annexe du yacht permettait de transmettre
les premières notions de navigation, voire de voile. Pour un enfant, elle devenait vite le moyen de vivre ses premières aventures maritimes.

Si les annexes pneumatiques sont pleines de qualité – elles sont très stables, spacieuses, relativement légères, peu encombrantes une fois rangées, insubmersibles… –, il n’empêche qu’elles ont fait régresser le genre sur d’autres
points… Et encore n’avons-nous pas abordé la question de l’esthétique : n’est il pas incohérent de mettre sa fierté dans son bateau sans se préoccuper de son alter ego ? Il y a là, certainement, un très joli sujet d’étude pour les architectes navals et les ingénieurs qui, étonnamment, semblent peu s’intéresser à ce domaine. À vos crayons ! Gwendal Jaffry

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