Éditorial 304 – Pour s’amuser, pour apprendre

Un vieux bidon, deux bouts de bois, quelques pointes... et vogue le jolatero !

Selon Basil Greenhill, auteur de The Evolution Of The Wooden Ship*, « bien qu’on n’en ait pas de preuve matérielle, on estime que les êtres humains étaient en mesure de construire des embarcations il y a 30 000 ans déjà ». Sam Manning, illustrateur de cet ouvrage, accompagne ces propos de plusieurs dessins : un homme qui constate que le bois flotte, un homme qui s’appuie sur un tronc pour s’aventurer dans l’eau sans couler, un homme debout sur deux troncs liés entre eux, radeau qui lui permet d’aller désormais à pieds secs, plus loin, plus chargé…

Constater, expérimenter, améliorer. Appliquée au navire, cette approche multiséculaire est une formidable opportunité de jeu et de découverte. Saisissez le mot « radeau » sur un moteur de recherche et vous serez surpris par le nombre de manifestations, ludiques ou pas, consacrées à cet objet…

Aller sur l’eau avec une grande économie de moyens demeure un objectif fascinant. Les Américains l’ont bien compris, y ajoutant par ailleurs l’économie de compétences, quand ils inventent le Family Boatbuilding – en deux jours, partant d’un kit, une famille construit un bateau qu’elle lance dans la foulée – et les « concours de bateaux en carton ». Deux riches idées importées en France avec bonheur par Bernard Ficatier qui peaufine aujourd’hui la sixième édition de Ça cartonne à Douarnenez**. Récemment, c’est un nouvel exemple de ces « bateaux de peu » que nous a fait découvrir Anne Morice, coordinatrice maritime de la Semaine du golfe. À Arrecife, sur l’île de Lanzarote (Canaries), est né il y a une centaine d’années une drôle d’embarcation, le jolatero, canot construit à partir de vieux barils. En les découpant, puis les pliant jusqu’à amener leurs extrémités sur des tasseaux de bois où on les cloue – l’étrave et l’étambot ! –, on obtient une embarcation permettant de traverser le bassin de San Gines, éventuellement en
transportant une charge. Très vite, bien entendu, ces périssoires ont aussi été utilisées pour la course et pour s’amuser…

Afin de protéger ce patrimoine et le transmettre, des actions, à destination des scolaires notamment, ont été menées depuis quelques années. Le jolatero est en effet un support parfait pour les 10-12 ans qui peuvent le fabriquer seul en suivant les conseils d’un adulte, avant de le décorer. Leur reste ensuite à y embarquer pour découvrir leurs premières sensations nautiques. Propulsé à l’aide de petites pelles en bois qu’on tient à la main, le jolatero se doit d’être à la fois rapide et manoeuvrant pour s’imposer, mais « stable » également, une
épreuve consistant à récupérer des fanions en hauteur… L’enfant apprend ainsi les vertus du centrage des poids et du centre de gravité placé le plus bas, la stabilité apportée par la largeur mais le risque du faible franc-bord… Et tout cela avec des matériaux de récupération !

On ne louera jamais assez ces supports et ces manifestations qui promeuvent l’accès pour tous à l’eau tout en permettant de découvrir les bases de l’architecture navale, et ce d’autant plus efficacement que l’amusement et le jeu demeurent un moteur. Tandis que l’été s’annonce, voilà autant de belles pratiques à promouvoir sur nos plans d’eau, voire de supports à inventer… ou révéler.  Gwendal Jaffry

* B.T. Batsford Ltd., 1988, non traduit.
** Le 9 juin prochain, informations sur <www.bateauxencarton.fr>

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