Edito 308 : faire simple

« Le Goat Island Skiff semble tout en simplicité brutale », écrit Emmanuel Conrath dans le texte qu’il lui consacre. Pourtant, ce bateau a comblé son constructeur. Une fois son
article bouclé, Emmanuel est parti pour un week-end voile-aviron dans le golfe du Morbihan. À son retour, il jubilait : « À deux, nous avons porté toute la misaine par 15 à 25 noeuds de vent, ce qui nous a permis de faire quelques bords de grand largue à 15 noeuds au planing, facile. »

Le Goat Island Skiff, comme le catamaran conçu par Jean-David Benamou (CM 307) ou encore les dériveurs de Gilles Montaubin (CM 188), participent d’un renouvellement des voile-aviron, une famille trop longtemps cantonnée à des bateaux plutôt lourds et très typés, qui ne révélaient pas tout le potentiel de cette pratique. Dans cette veine, on voit d’ailleurs apparaître de plus en plus de « one-off », constructions uniques sur des plans originaux, qui illustrent l’intérêt croissant pour cette pratique légère. Les idées fusent, des projets apparaissent chaque jour ou presque, comme on le découvre notamment sur les réseaux sociaux. C’est une excellente nouvelle.

Pour autant, quand on y regarde de plus près, souvent on relève aussi la « fausse bonne idée » qui mène à l’inadéquation du support. Coques trop étroites ou au franc-bord trop faible pour prétendre naviguer sur un plan d’eau ouvert ; manquant tellement de stabilité de formes, voire de stabilité initiale, qu’on imagine mal une navigation sereine à leur bord ; gréements trop divisés, si complexes qu’on craint le moment où il faudra réduire ou amener…

Souvent, pour remédier à un problème, on en crée un autre, que l’on ajoute des flotteurs latéraux à une coque mal dessinée, ou que l’on y installe des ballasts… Dans cette mauvaise spirale, la légèreté le cède au poids et à l’encombrement, ennemis du plaisir simple, voire des performances.

On dit souvent que plus un bateau est petit, plus il est difficile à concevoir. La simplicité, l’efficacité résultent d’une longue réflexion nourrie d’une pratique assidue. Comme nous le disait Emmanuel Conrath : « Qu’il s’agisse des plans de Michael Storer ou de ceux de John Harris, on dirait que l’architecte a examiné une par une chacune des pièces pour ne garder que l’essentiel, jetant le superflu ou le redessinant pour le simplifier encore. »

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