Des microbes en escale

La proue de l'épave Viosca Knoll. Crédit image : Lophelia II, Deepwater Corals ; De l'expédition : Reefs, Rigs, and Wrecks.

Si, dans l’obscurité des grands fonds, les cellules vivantes étaient lumineuses, les millions d’épaves qui jonchent les fonds marins seraient entourées d’un halo de lumière. C’est ce qu’ont établi la biologiste Leila Hamdan et trois collègues américaines dans un article récemment paru dans la revue Frontiers in Marine Science. Les épaves en bois sont des oasis pour les communautés de microbes. Elles s’accrochent aux virures de bois des bateaux naufragés, points d’attache depuis lesquels la vie se propage, portée par les courants océaniques.

L’équipe de Leila Hamdan vient de publier les résultats de leur étude sur les restes d’un voilier du XIXe siècle, le Viosca Knoll, qui repose par 525 mètres de profondeur. Il n’en reste qu’une butte de 20 mètres de long et 7 mètres de large. L’épave est enfoncée dans le sédiment et dépasse de 3 mètres. La proue est encore visible et laisse apparaître une coque en bois massif, partiellement protégé par du cuivre.

« À chaque fois qu’il y a une surface, les micro-organismes la colonisent, ils fabriquent des biofilms », nous a expliqué Jean-François Briand, maître de conférence de l’université de Toulon, spécialiste de la question. Les biofilms sont des tissus vivants associant des centaines d’espèces et formant un écosystème particulier. Cette colonisation progressive se fait en deux étapes. Les premières bactéries sécrètent une substance adhésive leur permettant de se fixer en colonies denses. Elles créent ainsi une matrice vivante accueillante pour certaines algues, champignons, et vers microscopiques… de plus en plus complexe, le biofilm devient également de plus en plus diversifié. Il est ensuite visité par des animaux de récifs, comme des éponges, des poissons.

L’Unesco, qui a inventorié en 2017 plus de 3 millions d’épaves dans les entrailles des océans, affirme qu’elles constituent la principale source de bois disponible au fond des océans, loin devant les bois d’origine naturelle, qui atteignent rarement les fonds marins. Leila Hamdan espère qu’au sein de la communauté scientifique « son travail ouvrira un dialogue sur la façon dont les habitats construits ont déjà modifié les profondeurs marines. »

 

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