Coup de coeur pour un Cornu

Le 4 juillet 1967, les chantiers Pichavant mettent à l’eau pour le compte de M. Tissot El Rinconcillo, un ketch à arrière norvégien dessiné par Eugène Cornu en 1961.

© François Xavier du Cleuziou

La charpente axiale est en iroko, les membrures en acacia, le bordé en Grand-Bassam, le pont en teck et les mâts en spruce… D’abord basé à Vannes, ce yacht de 12 m est bientôt immatriculé au Guilvinec. Des indications en anglais retrouvées récemment au dos des vaigrages laissent aussi à penser qu’il a peut-être fait un séjour en Angleterre…

Quand François-Xavier du Cleuziou s’intéresse à ce bateau, il est basé à Arcachon avec le même propriétaire depuis quinze ans.

« Je navigue depuis assez longtemps sur dériveurs et croiseurs en plastique, raconte François-Xavier, tout en m’intéressant depuis toujours aux bateaux du patrimoine et notamment aux belles carènes. Par le passé, j’ai construit une Marotte sur un plan Chasse-Marée. Récemment, j’hésitais à fabriquer un canot voile-aviron de type Skerry. Mais… crise de la cinquantaine ? Toujours est-il que j’ai décidé de me lancer dans la grande aventure du yacht classique. Je me suis mis en quête d’un Cornu après avoir repéré dans le golfe du Morbihan quelques bateaux caractéristiques de cet architecte avec leur étrave haute et leur tonture particulière. Quand j’ai découvert El Rinconcillo, son étrave, son long rouf, ses formes puissantes m’ont tout de suite séduit. Et ce bateau correspondait parfaitement à mon cahier des charges. »

François-Xavier convoie le yacht d’Arcachon à Arzal, découvrant au passage un voilier puissant et doux à la fois, très stable et bon marcheur, bref, confortable. Le ketch est aussitôt confié au chantier de Samuel Zambaldi installé à Saint-Philibert.

« Avant l’achat, poursuit François-Xavier, j’avais vu que le pont serait à changer et que plusieurs bordages nécessiteraient une intervention. » Sauf que, au démontage, le constat est tout autre… En s’infiltrant par le pont, notamment au passage des cadènes, l’eau douce a attaqué le bois par l’intérieur, épargnant heureusement les œuvres-vives…

« Il était grand temps d’intervenir, précise François-Xavier. El Rinconcillo n’était plus très loin d’être condamné. »

Au final, il faudra refaire la majeure partie des têtes de membrures, quelques couples en entier et la moitié de la muraille, dont la préceinte. La serre-bauquière doit aussi être remplacée, comme les massifs de cadènes. Côté gréement, le tiers inférieur du mât d’artimon est à refaire et il faut reprendre une partie du grand mât. « Pour faire face à ce chantier plus lourd que prévu, j’ai décidé que la part de travaux ne nécessitant pas le savoir d’un charpentier de marine serait effectuée par mes soins avec l’aide de la famille, d’amis… Dans ce même contexte, El Rinconcillo se contentera d’un pont en contre-plaqué pendant quelques années encore. »

François-Xavier salue aujourd’hui la grande qualité du travail de Samuel Zambaldi et de son équipe, qui lui ont livré son bateau mi-mai… prêt au ponçage. « L’objectif est une remise à l’eau en milieu d’été. Le temps de faire les peintures, de remonter les emménagements qu’on avait enlevés pour accéder à la charpente, de revoir le circuit électrique et de réinstaller l’accastillage. »

Faute de place en eau salée, le bateau sera basé à Arzal cette année. À son programme, la baie de Quiberon, le golfe du Morbihan et un peu de cabotage entre l’île d’Yeu et la Bretagne Sud.

Crédit iconographique : François Xavier du Cleuziou

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