Côte d’Albâtre en danger

© Yann Pelcat

Le port de Dieppe abrite encore un canot polletais, le Côte d’Albâtre. Ce cotre bourcet-malet, petit canot de pêche dieppois de 8,20 mètres en bois, est aussi le dernier bateau de ce type lancé par le chantier Bocquet. Construit en 1953 pour Gaston Sorel, ce bateau pêchait le merlan, le maquereau et la morue à la corde, le hareng à la senne et tous les poissons plats au trémail.

Le Côte d’Albâtre était propulsé par un moteur CLM monocylindre à deux pistons, aujourd’hui exposé à l’ESTRAN (Espace scientifique et technique des ressources aquatiques et de la navigation), Cité de la mer de Dieppe. Le canot a connu huit propriétaires avant d’être acheté et restauré en 1987 par Serge Pereira, sous le parrainage d’Éric Tabarly.

Le Côte d’Albâtre et son moteur sont classés Monuments historiques en 1998. Serge Pereira et l’association en assurent la maintenance jusqu’en 2006. Une seconde restauration du bordé, du pont, et de l’étambot s’avère alors indispensable, ainsi qu’un changement de moteur. Les travaux sont confiés au Chantier Archimède d’Isigny-sur-Mer. Pour pérenniser le financement du bateau, sur les recommandations de la DRAC, le Côte d’Albâtre devient propriété de la ville de Dieppe, l’association ESTRAN restant chargée de son animation et de sa maintenance. Trois bénévoles, retraités de la marine marchande, entretiennent le canot avec le chantier d’insertion de l’association.

Dix années plus tard, il faut changer les galbords : une pourriture fibreuse s’est développée près de la quille, sous le ciment qui tapisse les fonds. Le chantier d’insertion et les bénévoles ont préparé le bateau, afin de s’assurer de l’ampleur des travaux à engager. La ville de Dieppe juge le devis de 30 000 euros trop important. Certains élus proposent même de désarmer le canot et de le placer sur la pelouse, près de la chapelle des marins de Bonsecours ! Le Côte d’Albâtre est remisé dans un hangar municipal, à l’abri… des regards du public.

Pourtant, la DRAC peut participer à hauteur de 45 pour cent au coût des travaux. Si la ville de Dieppe persiste à abandonner le navire, estran se propose de rassembler tous les partenaires prêts à sauver le canot, et de reprendre les travaux en main. De multiples solutions se présentent. Reste à se mobiliser pour sauver le Côte d’Albâtre, dernier canot bourcet-malet du port de Dieppe.
Eric Tavernier

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