Cinq années au chevet de Takata

© Valérie Lanata

En 2013, l’atelier du Musée maritime fluvial et portuaire de Rouen accueillait Takata, un 6 m JI dessiné par Beraza et construit à Bilbao en 1931 aux chantiers Sagredo Hermanos. « Ses propriétaires l’avaient acheté en 2010 en Allemagne, avant de naviguer deux années à Noirmoutier, puis de décider de le mettre en chantier, explique Patrice Mabire, responsable de l’atelier du musée rouennais. Quand le bateau est arrivé chez nous, il avait l’air propre sous sa jolie peinture… » Sauf qu’après un décapage complet, on découvre que les galbords et ribords sont pourris. Les coutures du bordé sont très ouvertes – certaines font plus d’un centimètre de large ! – et les virures sont criblées de reprises. L’étambot est cassé en deux, son massif partiellement pourri. La quille est bonne à changer. La moitié des membrures sont pourries en pied ou fendues, « ce qui n’était pas étonnant, précise le charpentier, quand on voit le nombre de vis et de rivets qui les traversaient. »

Toute la charpente axiale va être refaite en lamellé-collé de sipo. La quille et l’étrave sont assemblées par un écart collé, la quille et l’étambot par tenon et mortaise. Le massif arrière est également refait en sipo, neuf nouveaux boulons en bronze de 26 mm de diamètre permettant de refixer le lest.

Pour remplacer les membrures, Patrice et son équipe les démontent à raison d’une sur trois, pour ne pas déstructurer la coque, prenant soin d’enlever les fixations sans abîmer les bordages qui pourront être conservés. Les nouvelles membrures – plus de quatre-vingts – sont étuvées pour être ployées sur place puis fixées avec des rivets en cuivre.

Le remplacement des bordages commence par les préceintes, très abîmées et faites de plusieurs sections désolidarisées. « À l’avant, gravée de chaque côté, j’ai découvert l’empreinte du constructeur que je me suis fait un devoir de reproduire à l’identique. » Les préceintes sont également rivetées cuivre. La coque est ensuite bordée en sipo – un choix des propriétaires, pour des raisons financières –, des deux côtés en même temps, pour éviter toute déformation. Au final, plus de la moitié du bordé est neuve.

Le pont étant à refaire en totalité, décision est prise de le reconstruire dans sa configuration d’origine, selon les plans de l’architecte, ce qui implique de refaire l’ensemble du barrotage, en chêne. Les cadènes de haubans sont rentrées comme à l’origine. Pour les remettre à leur place, Patrice doit réaliser quatre porques en lamellé-collé boulonnées au bordé et aux barrots. Une ferrure boulonnée à l’intérieur reliera les cadènes au pied de mât. Les plats-bords, plus larges au milieu du bateau pour donner une impression de volume central, sont réalisés en sipo. Le nouveau pont est constitué d’un contreplaqué marine de 9 mm d’épaisseur et d’un lattage en teck de 6 mm calfaté au coton. Une fois l’accastillage posé, les travaux de finition – ponçage de la coque et peintures – ont été réalisés par les trois copropriétaires. Depuis sa remise à l’eau l’été dernier, Takata est revenu à Noirmoutier. •

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