Bel Espoir, premiers bords et derniers travaux

Bel Espoir
Le 13  juillet 2021, départ du chantier, au moulin de l’Enfer pour les premiers essais en mer. Le moteur Beaudouin de 280 chevaux de l’ancien Bel Espoir a été entièrement remis à neuf. © Nedjma berder

Après des essais en mer en juillet dernier, le nouveau trois-mâts Bel Espoir, dont la coque en acier neuve a été livrée nue par le chantier Piriou en 2019, est revenu pour les derniers travaux d’équipement et de finitions au chantier-école de son armateur, l’association AJD, à l’aber Wrac’h.

Le Bel Espoir qui part en croisière à l’été 2022, Zycton Loiselet, responsable du chantier de l’association AJD (Amis de Jeudi-Dimanche) veut y croire : « Il ne sera pas complètement fini, mais on pourra naviguer. » Depuis l’arrivée de la coque neuve à Lannilis, dans le Finistère, en mai  2019, la reconstruction du navire historique de l’association créée par Michel Jaouen mobilise toute l’énergie des formateurs et des stagiaires du chantier établi à Paluden, au fond de l’aber Wrac’h, dans le Finistère. Le gréement, la passerelle, le rouf et les douze claires-voies sont en place, et le navire a tiré quelques bords d’essai en juillet dernier.

Au niveau des superstructures, il faut encore terminer la cuisine et la descente avant. Sous le pont, la pose de l’isolation, en liège, est en cours. De quoi améliorer le confort par rapport à l’ancien Bel Espoir, dont l’humidité a laissé des souvenirs aux milliers de personnes qui ont navigué à bord. Il sera ensuite temps d’attaquer les cloisons et les aménagements des treize cabines. L’une d’elles sera adaptée aux personnes en fauteuil roulant. Deux nouveaux charpentiers-menuisiers ont été embauchés en renfort en septembre, portant à six salariés l’effectif permanent de l’équipe bois.

Le lest de l’avant est en place grâce aux lingots de plomb récupérés sur l’épave de l’ancien Bel Espoir, mais il en manque encore près de dix tonnes. Si le Département de recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines le permet, l’AJD envisage de récupérer du plomb sur une épave du Finistère Sud. « C’est de la dépollution », explique Zycton Loiselet.

Sacha Moscatelli, chaudronnier soudeur, a démarré cet automne la fabrication de la claire-voie du poste moteur, en aluminium : « Elle sera beaucoup plus légère que l’ancienne qui était en bois. Et, surtout, il n’y aura plus de fuite ! » Il poursuivra avec l’installation des réseaux. « Pour l’instant, je n’ai mis que le strict minimum, pour que le moteur fonctionne lors de nos premiers essais en mer. Il nous reste à installer le circuit d’assèchement et d’incendie, l’eau douce et les eaux usées, le réseau de gasoil des soutes… Ça fait quelques kilomètres de tuyaux. » La fabrication des soixante-deux cabillots, qui a fait le bonheur de dizaines de stagiaires passés par l’atelier métal depuis deux ans, touche à sa fin.

En voilerie, Nicolas Guillon va tailler deux flèches neufs et réparer la grande fortune carrée : « Je vais la ralinguer à nouveau pour qu’elle soit plus solide. Nos bateaux naviguent beaucoup, ça déchire vite si c’est fragile ! Je fais des choses qui durent le plus longtemps possible, par souci pratique et économique. » Il s’attellera ensuite à la sellerie, soit quarante-deux bannettes ainsi que toutes les assises du rouf et des deux carrés. « Du gros boulot, mais ça devrait plaire aux jeunes en formation », prévoit-il.

Bel Espoir

Les essais du nouveau trois-mâts ont réuni stagiaires, bénévoles, formateurs, pour la plupart familiers de l’ancien Bel Espoir. Verdict : « C’est le même ».

Essais de stabilité au mois de juin

Le budget de la reconstruction du Bel Espoir n’est pas encore bouclé : sur 1,6  million d’euros, il en manque encore 300 000. Plusieurs fondations ont déjà apporté leur soutien, mais il ne faut pas compter sur l’association pour afficher les logos de ses mécènes : « Nous avons toujours refusé ce type de clause, précise Aurélie Baron, secrétaire de l’AJD. Notre argument est simple : pourquoi mettrait-on leur nom et pas celui des milliers de donateurs qui nous financent chaque année, sans rien attendre en retour ? Certaines fondations ont pu être surprises par ce discours, mais jusqu’ici, ça n’a jamais été rédhibitoire. »

Le compte à rebours est lancé pour que les essais de stabilité puissent avoir lieu dès le mois de juin. D’ici-là, pour s’initier à la navigation, les stagiaires peuvent compter sur le reste de la flottille de l’association. Après un important chantier, l’Ibex, ketch en acier de 16  mètres, a rejoint l’antenne marseillaise de l’AJD l’été dernier. Le trois-mâts Rara Avis a fini sa saison au  Havre, avec des élèves de l’École nationale supérieure maritime dans le cadre d’une semaine de formation à la voile. Le capitaine, Jean-Pierre Vernier, leur avait concocté un programme intensif, sans poser l’ancre de la semaine.

Pas de transatlantique au programme du Rara Avis cette année, du fait des incertitudes liées à la situation sanitaire, mais un périple jusqu’aux Açores. « Cela nous permet de proposer un voyage de six semaines, soit la durée d’une transat’, adaptée aux personnes qui ont besoin d’une vraie rupture », détaille Aurélie Baron. Suivront trois séjours de cabotage dans l’archipel portugais. Retour prévu à l’aber Wrac’h mi-mai, afin d’embarquer des structures sociales et scolaires qui, pour certaines, ont été contraintes de repousser l’aventure plusieurs fois du fait des restrictions sanitaires. Les classes SEGPA du collège de Landerneau et ULIS de la Croix-Rouge, à Brest, vont enfin tirer des bords. « Nous recevons beaucoup de demandes, constate Aurélie Baron. Les particuliers comme les structures n’ont qu’une envie : voyager ! » Et à Landéda, dans les bureaux de l’association, on trépigne déjà à l’idée de revoir les deux trois-mâts louvoyer de conserve dans le dédale des cailloux de Portsall. Virginie de Rocquigny

Un monde à part

Pour le photographe Nedjma Berder et la journaliste Virginie de Rocquigny, c’est une aventure qui a commencé comme un simple reportage (CM 314)… Sauf que de fil en aiguille, nos deux envoyés spéciaux se sont embarqués dans une tout autre aventure, entraînant l’équipe du Chasse-Marée avec eux : « Il y a eu bien trop de rencontres, trop de trouvailles dans les archives, trop de repas partagés à la cantine… On s’est laissé happer par le monde du Bel Espoir.

« Le bateau est rapidement passé à l’arrière-plan. Ce n’est pas que nous l’avons oublié, il était toujours devant nous, une coque nue au départ, un trois-mâts à l’arrivée. C’est plutôt les gens tout autour qui ont pris le dessus. Les jeunes et l’équipe œuvrant à sa reconstruction. Toutes les personnes qui ont embarqué sur ce voilier depuis 1968 et qui en gardent l’empreinte… »

Associant photographies, entretiens avec les jeunes stagiaires, documents d’archives et témoignages des formateurs ou des « anciens » de l’AJD, le livre qui est né de ce chantier laisse joyeusement se télescoper la construction du nouveau Bel Espoir, cinquante ans d’histoires et de souvenirs, et la vie quotidienne à l’association, le tout sur près de trois cents pages. J. v. G.

Bel Espoir, de Nedjma Berder et Virginie de Rocquigny, édité par Le Chasse-Marée, 288 pages, 29,90  euros

Bel Espoir, de Nedjma Berder et Virginie de Rocquigny, édité par Le Chasse-Marée.

Bel Espoir, de Nedjma Berder et Virginie de Rocquigny, édité par Le Chasse-Marée.

 

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Bel Espoir, la renaissance, un article publié dans el Chasse-Marée n°314 en juin 2020.

photographies de Nedjma Berder, textes de Virginie de Rocquigny – Après l’équivalent de plus de vingt tours du monde aux mains de l’association AJD, le Bel Espoir, son trois-mâts emblématique, endommagé en 2017, s’est avéré irréparable. Cette association qui propose un cadre de vie et de formation à des jeunes de tous horizons perdait là un navire mythique, indissociable de la figure du père Michel Jaouen, son fondateur.

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