Portfolio : Lamu, Kenya, 1998

Revue N°308

Photographies de Jack Picone - « La première fois, les silhouettes des boutres sur la mer, leurs voiles, leurs coques d’acajou m’ont paru irréelles… C’était le début des années 1990, j’étais en pleine découverte émerveillée de l’Afrique.  J’ai passé la décennie suivante à y photographier la famine, la guerre, le génocide des Tutsi du Rwanda. Ce monde a perdu tout caractère romantique à mes yeux. Après presque une décennie où j’ai été témoin de toutes les souffrances possibles, je suis rentré pour un an en Australie. Je me suis marié… La vie repartait sur un meilleur pied. Pour redécouvrir l’Afrique, dépasser l’angoisse, les traumatismes, j’ai décidé de commencer un travail sur ces navires anciens et leurs équipages.

« Je me rendais bien compte du risque d’en revenir avec des images idéalisées, trop marquées par mon amour des boutres, symboles d’une Afrique millénaire, ou par l’enthousiasme de mes premiers voyages. Pour dépasser cela, il fallait me rapprocher des marins, qui ne voyaient rien de joli ou de romantique dans leur quotidien. Les capitaines n’étaient pas difficiles à rencontrer ; ils discutaient volontiers de leur vie, de leur travail et de leurs bateaux, et ils m’ont permis d’embarquer. Une fois à bord, je passais plutôt mon temps avec les matelots qu’avec les patrons, notamment à la pause ou pendant les repas. J’ai ainsi pu me rapprocher d’eux, même si ça a pris plus de temps.

« J’ai essayé de capturer des “instants décisifs”, comme les aurait décrits Cartier-Bresson, mais aussi de laisser la place à des compositions un peu moins conventionnelles, qui secouent le point de vue de l’observateur sans le diriger trop précisément. Je m’en suis remis à mon instinct pour saisir des moments ou des détails qui me paraissaient révélateurs, même quand tout cela ne composait pas un tableau ordonné. Je voulais éviter de représenter la réalité comme quelque chose de trop net, de trop parfait. Il s’agissait aussi d’évoquer l’âpreté de ce travail physique, la saleté, les maigres salaires des marins (la plupart gagnaient moins d’un dollar par jour), les longues séparations d’avec leurs foyers, et la crainte permanente de perdre son travail. À elles seules, les images ne doivent pas prétendre tout dire… Elles doivent laisser une place à l’incertitude. » J.P.

La série de photographies que nous avons extraite de ce travail réparti par sessions sur trois ans, entre Kenya, Tanzanie et Mozambique a été réalisée en 1998, dans les parages de l’île de Lamu.

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