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    rédaction
    Maître des clés
    @yveline

    Courrier d’un abonné : “Abonné depuis les premiers numéros au Chasse-Marée même si je n’ai point d’accointances maritimes, cependant l’article consacré aux Kerguelen (Chasse-Marée n°318) m’a renvoyé au n°129 et à Rallier du Baty qu’un ancêtre du côté maternel a côtoyé dans les circonstances suivantes…

    Jacques Nozal, parrain de ma mère, élève de l’Ecole hydrographique de la Marine marchande de Paimpol fut matelot volontaire avec Benoît Boland pour participer à la deuxième expédition en Antarctique de Charcot (1908-1910). Compte tenu de ses états de service il y est élevé au grade de lieutenant par Charcot et rapporte de l’expédition une série de plaques photographiques dont certaines illustrent l’article du CM n° 24 de 1986 ainsi qu’un carnet de croquis humoristiques que ma mère m’a donné et qui est exposé à l’ actuelle exposition sur les explorateurs et expéditions scientifiques du Muséum d’Histoire naturelle du Havre.
    Entre 1910 et 1912, J. Nozal est élève-aviateur avec Raymand Rallier du Baty.

    En juin 1914, il rejoint, à Albany, en Australie occidentale, Rallier du Baty qui revient d’une navigation en Antarctique (expédition de La Curieuse 1912 -1914). Il doit y remplacer le capitaine Loranchet qui regagne la France. Arrivé sur place un mois auparavant J. Nozal commençait à se demander si Rallier du Baty et son équipage ne s’étaient pas perdus corps et biens. La Curieuse rejoint Hobart en Tasmanie et y arrive au moment de la bataille de la Marne (5-12 septembre). Rallier du Baty décide de désarmer La Curieuse pour revenir plus tard. Il pense, comme d’autres, que le conflit sera de courte durée. Il lui semble nécessaire de rejoindre en France les frères et amis qui combattent au front. Il gagne alors Sydney où il arrive le 16 octobre. Le Premier ministre du New South Wales lui offre d’assurer la garde et l’entretien de La Curieuse jusqu’à son retour. Mais les fonds de Baty ne lui permettent pas de financer le désarmement et le rapatriement de l’équipage en paquebot. « C’est notre camarade Nozal qui rendit la chose possible en avançant la somme nécessaire. Le sort le récompensa bien mal. Nous étions tous les deux aviateurs avant-guerre. Dès notre arrivée en France nous fûmes affectés à l’escadrille d’hydravions de Dunkerque. Moins d’une semaine après avoir rejoint son poste, Nozal et le quartier-maître l’accompagnant, tombent en panne dans les environs de Bruges qu’ils étaient allés bombarder, tombant aux mains des allemands » (Le voyage de la Curieuse (1912-1914). Capitaine R. Rallier du Baty. La Géographie. Bull. de la Société de Géographie. T.XXXVII, n°1.janvier 1922. pp.1- 27).
    L’équipage arrive au Havre en mars 1915 et est alors mobilisé. J. Nozal est affecté à la base d’hydravions (aviation maritime) de Dunkerque avec Rallier du Baty. Il est fait prisonnier par les Allemands à l’issue d’un bombardement dont il assure l’exécution comme « Enseigne de vaisseau observateur ». Il peut faire parvenir le courrier suivant à son commandant et à ses parents:

    Commandant,
    Nous avons le regret de vous annoncer que ce matin vers 11 h 20 , après avoir rempli notre mission, le moteur s’est brusquement arrêté alors que nous étions fortement canonnés- Nous étions à ce moment à 3000 mètres d’altitude au-dessus de la mer entre Zebruge et Ostende. Nous avons commencé à descendre en vol plané en essayant de remettre en route, mais sans résultat. Impossible d’atterrir en Hollande ou dans nos lignes.
    Malgré les shrapnels et les salves de mousqueterie, nous avons fait un atterrissage heureux dans un terrain difficile. Immédiatement, nous avons mis le feu à l’appareil qui a été entièrement brulé. Des troupes de la Marine Allemande accourues aussitôt nous ont fait prisonniers. Nous avons été traités avec la plus grande courtoisie et un haut personnage à qui nous avons été présentés, nous a donné l’assurance que cette lettre vous serait remise.
    Avec nos profonds regrets de plus être parmi vous.
    Nous prions de croire, Commandant à nos sentiments respectueusement dévoués.
    Jacques NOZAL
    Enseigne de Vaisseau Observateur
    SAUZAY Léon
    Second maître aviateur
    P.S. Nous vous prions de bien vouloir faire prévenir nos familles.
    Mr. Alexandre NOZAL, Artiste peintre 17, Quai d’ Auteuil PARIS
    Mr. Philibert SAUZAY à CHARENTAN (Rhône)

    J. Nozal est interné en Allemagne jusqu’à la fin de la guerre. Sa croix de guerre 1914-1918 est exposée au Musée d’Histoire et des traditions maritimes de St. Malo dans une salle consacrée à J-B. Charcot.
    De retour en France, il épouse Julie Grandhomme et se fixe à St. Briac et fait construire un bateau, le Molly, aux chantiers Senecal des Mureaux, avec lequel il navigue et participe aux régates de St. Briac. Il décède en 1932.

    Le Chasse-Marée n°318, Kerguelen, Chronique d’un archipel perdu par Dominique le Brun
    Le Chasse-Marée n°129, Un dundee au Kerguelen – l’odyssée des frères Rallier du Baty

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