Nisso, un « batieu » pour Amiens

Guillaume Fatras
© Guillaume Fatras

L’Association pour la sauvegarde et la protection des hortillonnages à Amiens a baptisé en juin dernier une nouvelle barque à cornet (CM 157) construite par le charpentier Florian Carpentier. Installé dans le village de Trois-Rivières (80), cet artisan éclectique a déjà construit, en plus de son activité de charpente terrestre, une vingtaine de barques de pays, typiques de la vallée de la Somme. « C’est pour encourager la préservation de son savoir-faire que nous avons confié le projet à Florian », précise Maxime Baurin, le vice-président de l’association de sauvegarde. Le « batieu » des hortillonnages est le « navire amiral » de cette flotte à fond plat, avec ses 9,60 mètres de long et ses cornets relevés, ainsi conçus pour se poser délicatement sur les berges sans les détériorer.

À l’origine, cette barque maraîchère, pouvant charger une tonne de produits agricoles, sillonnait à la perche les hortillonnages. Celle de Florian Carpentier est construite en chêne provenant des forêts de l’Oise. Robuste, elle pèse une tonne à vide avec des bordages de 34 millimètres d’épaisseur. Elle est destinée à recevoir douze visiteurs du site et 300  kilogrammes de batteries pour sa propulsion électrique.

Le charpentier avait fait en 2015 le relevé en trois dimensions du plus ancien batieu existant (datant des années 1950), dont il a rehaussé le franc-bord afin de pouvoir respecter les normes d’homologation actuelles. Il a ainsi refait l’épure du bateau pour que les courbures soient optimisées et que les entures (scarfs) des bordages soient aux meilleurs endroits.

Pour cette réalisation, débutée en février dernier, il a été assisté de Mathieu Havez et d’un charpentier de l’Aube, Léonard Rousseau, venu apprendre les techniques pour ses propres projets de répliques de bachots marnois. Un bel exemple de partage de savoir-faire pour permettre la continuité de la tradition batelière.

La barque à cornet est d’ores et déjà en service dans les hortillonnages d’Amiens. Son nom, Nisso, lui vient de Nisso Pelossof, fondateur de l’association qui s’était battu dans les années 1970 pour que ce site lacustre de 300 hectares ne soit pas défiguré par une rocade. Le prochain projet de Florian Carpentier est une barque de pêche de 7 mètres pour des marais de Picardie maritime. ◼ Guillaume Fatras

 

Lire aussi

Marais d’Amiens : l’Batieu à cornets des hortillonnages, article publié dans le Chasse-Marée n°157 en janvier 2003.

Le «bateau à cornets» est le symbole des «hortillonnages», terme picard désignant à la fois une activité agricole et le site où elle se pratique : un archipel d’îlots déployé en croissant entre les bras de la Somme et de l’Avre, couvert de jardins, de bois et de cultures maraîchères. Autrefois utilisé pour acheminer les légumes au marché d’Amiens, «l’batieu», comme on l’appelle ici, est depuis toujours le seul mode de locomotion sur les 56 kilomètres de canaux de cette étonnante mosaïque de terre et d’eau.

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