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Telenn Mor, chaloupe sardinière
Galerie de photos du Telenn Mor, chaloupe sardinière.Découvrez le récit du grand carénage de cette chaloupe.

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A lire ou à relire dans les anciens numéros du Chasse-Marée

Couverture du Chasse-Marée 212Numéro 112, décembre 1997

Douarnenez : les deux répliques de chaloupes. Parce-qu’il ne restait rien de leur immense flottille sardinière, les douarnenistes ont décidé de la ressusciter : en 1983 il reconstituent Telenn Mor, une chaloupe du début du siècle, et dix ans plus tard, sa grande cousine An Eostig. deux renaissances racontées par un jeune chef de bord (aujourd’hui rédacteur en chef du Chasse-Marée), qui nous dit aussi l’art et le plaisir de manœuvrer ces voiliers d’un autre temps. 

Chaloupe sardinière douarneniste

 

 

 

 

 

 

 

 

« GRAND CARENAGE » Pour « Telenn Mor »

Première réplique jamais réalisée en France d’un bateau de travail disparu, Telenn Mor, la chaloupe sardinière de l’association Treizour les Amis du Port-Musée, élément symbolique du paysage maritime et patrimonial de Douarnenez, née voilà bientôt 30 ans, sous l’impulsion et le crayon du regretté Jean Pierre Philippe, commence à sérieusement marquer son âge !
Depuis Pors Beac’h, naguère, jusqu’au Bois de la Chaise, en passant par Brest, la Semaine du Golfe ou la Route de l’Amitié, elle a été présente à tous les rassemblements et qui donc le long de nos côtes aujourd’hui, ne connaît sa silhouette amicale ? On l’a même vue, pour les besoins  de films publicitaires travestie en outil marketing, mais, en été comme en hiver, au service de l’association ou de l’école de voile de Tréboul, elle navigue sans relâche au point que sa structure s’en ressentait et montrait ici ou là par une souplesse anormale, quelques signes de faiblesse... Ce qui devait arriver arriva, par mer formée et jolie brise, un ris dans la misaine… « Tribord amures, roi des mers », la belle vie somme toute !  Mais voilà, dans une survente, l’un des violons du tampo (petit pontage avant où est ménagé l’étambrai du mât de misaine), dont l’assujettissement à la serre avait, au fil des ans, pris du jeu du fait notamment de la rouille qui avait attaqué les boulons, s’est arraché. Le mât est tombé et s’est cassé emportant au passage la serre, le gastouarn (forte glissière en bois fixée sur le sabot qui aide au matage) en défonçant de surcroit la préceinte bâbord, la fargue  et, typique des chaloupes de Douarnenez, le taked, ce plat bord découpé, emboité sur les têtes de membrures sur lequel sont notamment fixés tolets et cabillots de drisses…  Bref, de gros dégâts !
L’association a donc fait appel a concurrence pour les travaux de réparation ainsi que pour une révision complète du bateau. Trois chantiers ont répondu et c’est le jeune Chantier douarneniste « Pleine mer » installé le long du Port rhu, dirigé par Christoph Eberhardt, qui travaille avec un compagnon et un stagiaire, qui a remporté le marché. Aucun des chantiers consultés n’avait cependant repéré les importantes déconvenues cachées, découvertes par la suite au démontages de certaines pièces…
Il faut savoir en effet que l’intérieur des  chaloupes sardinières est divisé en plusieurs parties ; la partie centrale, appelée  ar skotilh en breton, est dotée d’un plancher amovible, mais le pourtour par contre est parfaitement inamovible. Ce pourtour, au niveau du bouchain est composé de deux solides pièces de bois solidaires, qui ensemble se nomment skolperennou. L’une est une serre de bouchain, ou serre d’empature comme on en met sur des unités plus fortes. Elle est en outre doublée par dessus d’une seconde pièce qui vient, comme une lisse de plat bord sur les jambettes, coiffer les genoux de membrures, tous coupés au même niveau. Cette pièce est en outre indentée car les membrures (les allonges hautes) s’y encastrent. La raison de cette particularité structurelle est principalement d’ordre pratique et n’est qu’indirectement liée à la solidité longitudinale de la chaloupe, elle est simplement destinée  à empêcher le petit poisson de passer sous le vaigrage pour aller y pourrir tranquillement avec les dégâts qu’on imagine dans les « recoins » inaccessibles. « Partir dans les grèchou* » comme disent les marins douarnenistes ! Mais, envers du décor, cette zone quasi « hermétique » est également inaccessible à l’entretien, l’humidité y stagne et la pourriture s’y installe… Et ceci, aussi bien sur la membrure (genou et allonge), que sur les virures de bouchain gagnées elles aussi par la pourriture et les champignons.
TELENN MOR PORTE EN ELLE LES FAIBLESSES DE SA CONSTRUCTION A L’ANCIENNE
Naguère un bateau de travail type chaloupe sardinière était construit pour durer entre 15 et 20 ans au  maximum et pour des patrons peu argentés… Donc dans un certain esprit d’économie !  Telenn Mor, construite avec un grand souci d’authenticité porte en elle les faiblesses, voire même les illogismes au regard de la charpente moderne, de certains aspects de sa construction à l’ancienne qui a respecté des pièces comme les skolperennou. On peut aujourd’hui, raisonnablement et sans dénaturer l’authenticité de la chaloupe se demander s’il y a toujours lieu de maintenir tels quels ces fameux skolperennou où ne serait-il pas préférable de remplacer ces deux pièces solidaires par une seule serre plus forte et non indentée, laissant respirer le bois et permettant son entretien ? La réponse est naturellement oui. Rien dans la chaloupe ne sera changé, ni dans sa solidité, ni dans son aspect ; seules les sardines qu’elle ne pêche pas «pourront  partir dans les grèchou » !
La rouille est aussi un ennemi pervers ! Bien peintes (en noir !), les têtes de boulons ne laissent entrevoir qu’une très légère trace de rouille, alors qu’insidieusement combinée à l’eau qui s’infiltre et aux efforts et aux mouvements du bois, elle élargit les passages de boulons avec pour conséquence l’apparition progressive d’un certain jeu dans l’assujettissement des pièces les unes aux autres, comme constaté sur les deux préceintes…. Autre constat fait par Christoph, surprenant celui-ci, le black… Trop de black, de coaltar en couches épaisses superposées année après année, jusqu’à atteindre en certains endroits un centimètre d’épaisseur… Contrairement à ce que qu’on pourrait penser dit-il, ça ne protège plus rien et empêche le bois de respirer, celui-ci se fendille alors, l’eau y pénètre, une sorte d’éponge se forme qui accueille bientôt la pourriture, cas d’une partie non négligeable des fonds de Telenn Mor.  Les peintures primaires actuelles, dit-il, préviennent désormais cet inconvénient majeur.
Voilà donc l’association qui envisageait, par acquit de conscience, une « auscultation » complète de son bateau, subitement confrontée à des dégâts insoupçonnés et à de gros travaux non budgétés. Pour leur financement, Paul Le Joncour, le dynamique Président de Treizour a simultanément pris son stylo et son bâton de pèlerin pour convaincre et obtenir de la Municipalité de Douarnenez, de la Région Bretagne et du Conseil Général du Finistère, qui ont montré leur intérêt et leur attachement à ce bateau,  une partie non négligeable des fonds nécessaires aux réparations. La totalité du coût n’a cependant pu être réunie et Treizour compte sur les journées « Portes ouvertes au Port Rhu » et aux animations concomitantes pour tenter de compléter, ne serait-ce que partiellement, le financement.
Quant aux réparations, quelles sont-elles en réalité ? Paul Le Joncour dresse un premier bilan : on a constaté que les boulons entre les plat bords, la préceinte et les têtes de membrures étaient complètement rouillés, qu’ils ont causé des dégâts importants à ce niveau et qu’un début de pourriture commençait à s’installer au point qu’il faut changer les préceintes, les sous préceintes et quelques bordés de la muraille et opérer des scarfs sur de nombreuses têtes de membrures ou même changer les allonges hautes. Le même phénomène s’est retrouvé en ce qui concerne le boulonnage des violons de bancs avec membrures et serre bauquière… A propos des têtes de membrures et des genoux de membrures aux bouchains, ils seront coupés au minimum 5 mm plus bas que le plat bord et le haut de la préceinte ou plus bas que la serre pour les genoux, ce qui permettra, afin de pouvoir prévenir la survenue d’une éventuelle pourriture, de couler sur le bois de bout de la cire d’abeille ou du brai afin d’empêcher les infiltrations d’eau. En outre, à propos d’infiltrations d’eau, un calfatage complet est nécessaire.
Il est certain dans ces conditions et compte tenu de l’ampleur des dégâts, que la totalité des travaux ne pourra, pour des raisons financières être réalisée immédiatement et totalement, ce qui aurait été naturellement l’idéal, et Christoph Eberhard prévoit de ce fait une réfection en deux temps. Phase 1 : consolidation et changement des pièces vitales et structurelles atteintes par la pourriture (dont au moins 6 allonges de fond et les bordés de bouchain) ou détruites par le démâtage et en phase 2 : remplacement dans 5 à 6 ans des membrures et des bordés de fond encore « acceptables » aujourd’hui et provisoirement maintenus en place…
Dans cette perspective et afin de pouvoir dans quelques années pratiquer ces travaux sans difficulté ni quelconque altération, toutes les pièces de charpente ou virures qui devront être enlevées ou changées pour ces travaux ultérieurs, seront vissées inox ou boulonnées inox mais non pointées, elles seront donc « démontables » !
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Comme on peut le voir à la contemplation de leurs formes les chaloupes de Douarnenez ont un bouchain très marqué, presque à angle droit et  Telenn Mor  n’échappe pas à la règle, d’où un problème pour trouver le bois tord ad hoc car les membrures des chaloupe ne sont composées que de deux allonges, une de fond et une des haut, le « genou » étant inclus dans l’allonge de fond, laquelle comporte aussi le retour de galbord…Il s’agit donc de trouver du bois de fil en forme de « s » . Or ce n’est pas un secret, avec la diminution des constructions navales traditionnelles en bois, il est devenu de plus en plus difficile de trouver ce type de bois bien particulier. Après quelques recherches infructueuses, Christoph a pris contact avec l’ONF, lequel c’est une vraie chance sachant que ce type de coupe ne se pratique qu’environ tous les vingt ans, venait précisément d’opérer une coupe importante de 600 têtes de beaux chênes dans la forêt du Cranou.  Là Christoph a été autorisé à choisir dans les « surbilles » (partie supérieure du tronc où démarrent les branches) et au départ des  couronnes des chênes les bois tors avec les courbes de fil dont il avait besoin et une scierie mobile a fait les débits sur place en forêt avant rapatriement des plots à Douarnenez.
Les travaux sont en cours et avant l’époque estivale où Telenn Mor, armé par le Centre Nautique de Tréboul, est attendu pour une nouvelle saison, les charpentiers de « Pleine Mer » ont de quoi s’occuper, mais on demeure surpris que, dans les associations en  particulier, où Bureau et Conseil d’Administration sont appelés à changer assez fréquemment, la pratique habituelle d’un carnet d’entretien comme ceux qui rythment les vidanges et les révisions de voitures ou à l’image du carnet de santé des enfants n’ait jamais été institué pour les bateaux… On a ainsi redécouvert sur la chaloupe que la moitié de l’étambot avait déjà été changé, mais les actuels dirigeants ne s’en souvenaient pas. Même pour les particuliers, un carnet rappelant les principaux événements, réparations, modifications ayant affecté un bateau serait sans doute un progrès, pour les propriétaires comme pour les éventuels acheteurs. A méditer…
Jacques Blanken
*Mot d’origine obscure : vide inaccessible au fond d’un bateau. Pourrait venir de graisse s’il ne semblait pas antérieur   à la motorisation. Se dit  aussi d’une personne à la dérive, « tombée dans la débine ».

 

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