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Ouf !!!Il est environ 20 heures (heure de Paris), en ce 22 juillet de l'an de grâce 2008, lorsque nous atterrissons enfin sur l'aéroport P-E Trudeau de Montréal dans un grand Airbus bleu de mer.
Nous, c'est une équipe mayennaise de treize jeunes de moins de trente ans, dont cinq filles, qu'accompagnent Anne, Michel, Max,et Thierry de l'association"Laval'heureuse", Elisabeth de la direction de jeunesse et sport de la Maienne et Marie-Noëlle de la Mission Locale de Laval, afin de participer du mieux que nous pourrons, au Défi international des jeunes marins 2008, rendez-vous officiel des yoles du 400ème anniversaire de la fondation de la ville de Québec par notre compatriote Samuel de Champlain.
Cette opération, baptisée "trois mâts pour l'insertion professionnelle", et parrainée par le chanteur Hugues Auffray, lui-même, a pour but de lancer les jeunes qui y participent, dans le monde de l'entreprise. Ils ont en majorité un projet professionnel autour de l'animation, du sport, ou du travail social, et ont également été salariés, parfois de façon "alimentaire" pendant la préparation de ce défi. Ils ont donc participés au projet sur leur temps de loisirs. C'est pourquoi, depuis le début du mois de mars six "fins de semaine", comme disent nos amis québécois, nous ont vu ramer et manoeuvrer à la voile en baie de Quiberon à l'Ecole Nationale de Voile, qui a plus l'habitude de former l'élite de notre voile olympique qu'un groupe de jeunes allant participer à un rassemblement amical de yole de Bantry. Peut importe d'ailleurs, puisque la rencontre et l'échange effectués avec les encadrants (Gwen et Sophie) de l'ENV auront été fructueux et des plus intéressants. Une demi-douzaine de séances d'entraînement à l'aviron a été effectuée sur la Maienne et nous avons travaillé plus spécifiquement le matelotage, le chant de marin, le balisage et la navigation lors de séances annulées pour cause de mauvais temps, et les quelques samedis ou dimanches des mois de juin et juillet, où notre yole voguait en direction de Québec, dans son container.
L'air est lourd, et le temps à l'orage lorsque nous sortons de l'aéroport, après avoir récupéré nos bagages et subi de fastidieuses procédures d'entrée sur le sol canadien, pour attendre un car qui doit nous emmener à destination, après trois heures de route. Nous ne sommes d'ailleurs pas les seuls à attendre frénétiquement notre chauffeur, et sur le trottoir, c'est un beau fatras d'interpellations et d'appels divers et variés, de chariots et de bagages enchevêtrés, car nous avons voyagé avec les équipages de "Zou Maï", de "Profils pour l'avenir" et d'"Audace". Huit heures d'avion, depuis Orly, nous ont d'ailleurs permis de nous retrouver, pour ceux qui fréquentent assidûment le milieu des "yoleurs", ou pour tout simplement commencer à faire connaissance, en vue de bien démarrer ce qui va être le premier "Défi jeunes marins" en terre étrangère, après Douarnenez en 2000, et Toulon en 2004. Notre bus arrive enfin et c'est guidés par un autochtone de la ville de Laval (au Québec, cela ne s'invente pas !) que nous nous installons à bord pour trois heures d'autoroute jusqu'à notre destination finale et tant attendue : la cité du célèbre château de Frontenac.
A peine sommes-nous montés dans notre véhicule qu'une grosse pluie en balaye les vitres, ce qui fait dire à quelques mauvaises langues lavalloises : "Tiens, on se croirait en Bretagne l'été, en plus chaud !". Mais l'ambiance une fois dans le car qui nous mène à la "vieille capitale" est plutôt calme, certains dorment, d'autres lisent, ou encore écoutent de la musique. C'est comme si le temps, en attente d'action, avait suspendu son vol. Quelques équipiers tentent bien de profiter de ce temps-là, pour réviser noeuds et épissures du concours de matelotage, mais les esprits ne sont plus assez lucides pour savoir si il faut passer tel brin dessus ou dessous tel autre, et abandonnent rapidement cet exercice. C'est donc au terme d'une fin de trajet un peu morose, que nous sommes chaleureusement accueillis par François Brassard, le président de l'organisation québécoise du "Défi jeunes marins 2008", en compagnie des autres équipages français arrivés ce jour-là, au coeur même de la ville historique de Québec : le petit séminaire. Créée en 1668, par le premier évêque du Québec, Monseigneur de Laval, descendant indirect des comtes de Laval (!), qui sera béatifié ultérieurement par le pape Jean-Paul II au début des années quatre-vingts, cette institution a toujours été, au cours des siècles, au centre de la vie culturelle québécoise et francophone, et un foyer spirituel et religieux. Elle nous accueille aujourd'hui pour célébrer, comme il se doit, le quatre centième anniversaire de la création de la ville.
Cette imposante bâtisse, qui à l'intérieur ressemble un peu au château d'Harry Potter, avec ses couloirs interminables et ses escaliers biscornus; qui va nous héberger pendant une dizaine de jours, est aujourd'hui un lycée privé de tout premier ordre au Canada. Avant notre installation tant attendue, il nous reste à escalader, lourdement chargés de nos bagages, les quatre étages, d'un escalier bien raide qui nous séparent de notre installation dans une des salles de classe que l'organisation nous a allouée. Nous aurons pour voisins, nos amis, mais néanmoins concurrents de Dunkerque.
Nous découvrons ce lieu unique et chargé d'histoire avec les yeux grands ouverts, malgré la fatigue du voyage et du décalage horaire, sur la vue dominante du port, et du bassin Louise, que nous apercevons, dans la nuit tombante. Nos hôtes font bien les choses : ils ont même prévu, une équipe de bénévoles pour nous expliquer le montage des lits de camps qu'ils ont mis à notre disposition !
Il va maintenant falloir songer sérieusement à aller ce coucher, car cela fait près de vingt-quatre heures que nous sommes sur le pont, et que demain, une nouvelle tâche ardue nous attend : le déchargement, à la main, des dix yoles françaises, de la yole irlandaise "Fionnbarra"; et leurs mises à l'eau.

Le lendemain matin, tous les équipages s'éparpillent en ville pour ce premier petit déjeuner (déjeuner en québécois), qui nous voit avaler des bagels (sorte de pain rond et chaud, avec un trou dans le milieu), garnis de jambon et de cheddar; accompagnés d'une choppe de café en modèle XXXL, qui nous requinquent de la longue journée de voyage de la veille, et nous préparent à la journée "physique" qui nous attend. La météo est toujours aussi mauvaise que la vieille : du vent et de la pluie.
Pour décharger une yole de Bantry d'un container, c'est simple finalement : il faut de nombreux bras et utiliser la technique dite du "mille-pattes", sans s'énerver. Et c'est comme en navigation, il faut de la coordination ! Mention spéciale à ce sujet à Jean-Louis (le barbu de "Zou Maï"), qui fait cela très bien !
Ensuite, elles vont une par une à l'eau, après avoir été hissées sur deux remorques tractées par deux puissants "pick-up" (le véhicule de base au Canada) conduits de mains de maître par François et Ghislain du chantier de Rivière-des-Mères, le "chum" qui a construit les deux yoles québécoises ! Le tout dirigé par Marius, qui nous l'apprendrons plus tard, sera aussi notre président du comité de course.
Simplicité, gentillesse, efficacité : voilà une affaire rondement menée.
Entraide et solidarité sont également à l'ordre du jour, et le tour est joué !
Il reste à convoyer, une par une les yoles, à travers le bassin Louise.
Outre notre propre bateau, nous avons aussi convoyé "Y'D'Ille"la yole de nos voisins rennais, qui a voyagé dans le même container que "Laval'heureuse", et dont l'équipage n'est pas encore présent sur le site, ainsi que "Jemvar", avec un équipage composé de deux équipiers de chaque bateau présent. Un joli moment de solidarité et d'"oecuménisme" inter équipages ! Ce qui permet ainsi à notre chef de bord, Thierry, de rajouter deux yoles à son "palmarès", après avoir navigué sur "Laval'heureuse", "Amitié", "Tolérance", "Szrab", et "Profils pour l'avenir". Lorsque en milieu d'après-midi, les derniers équipages arrivent sur le port, il ne reste que deux ou trois yoles à mettre à l'eau, et nous passons la main, fourbus mais heureux du travail accompli.

Notre deuxième jour sur le sol canadien nous voit rentrer de plain-pied dans le vif du sujet de notre venue dans cette "Belle-Province" : aller naviguer à la voile et à l'aviron sur l'un des fleuves les plus prestigieux du monde, le Saint-Laurent (vingt deux kilomètres de large à son embouchure !). Le premier briefing des chefs de bord (il a lieu à sept heure tous les matins !), nous attribue, par tirage au sort l'épreuve du chant de marins : ce sera pour samedi, en ce qui nous concerne.
La sortie de l'écluse se fait sans problème. Lorsqu'il y a assez d'eau, une yole de Bantry passe juste sans avoir à replier ses "ailes".
La "remise en bras" est un peu difficile pour l'équipage qui n'a pas navigué depuis le départ de notre fameux trois mât, fin comme un oiseau, dans son container. La reprise de contact se fera donc "en douceur". Mais dès la sortie du bassin Louise, nous sommes cueillis à froid, par un solide courant de flot (nous sommes à près de deux cents kilomètres de l'embouchure !!!), qui peut atteindre quatre à cinq noeuds à cet endroit par fort coefficient de marée. Un excellent plan d'eau pour travailler à la transmission des savoirs maritimes ! Cela nous fait également bien comprendre l'origine du nom algonquin de Québec : "l'endroit où se rétrécit la rivière" ! La surprise passée, nous longeons prudemment les quais du port de commerce, en direction de la rivière Saint Charles (cours d'eau, en son temps exploré par Jacques Cartier), où nous devons aller naviguer selon les directives des organisateurs. Nous profitons de cette navigation pour observer nos futurs concurrents. Nous ne sommes pas au mieux, ni en terme de style, ni en terme de vitesse par rapport à certains autres équipages; mais la vision de l'équipage de "Sault-aux-matelots", la yole québécoise qui glisse magnifiquement à nos côtés, a de quoi nous impressionner, et nous laisse pantois et envieux à la fois d'en faire autant.
En attendant d'arriver à ce niveau de pratique, nous remontons doucement, contre vent et marée, vers la baie de Beauport, où Thierry, notre chef de bord à l'intention de mettre à la voile. En effet, le vent (quinze noeuds d'est-nord-est), associé au courant rentrant dans la rivière Saint Charles fait ressembler celle-ci à affreux un cul-de-sac, où il faudra tirer des bords inlassablement, sans marge de manoeuvre "sous le vent".
"Profils pour l'avenir", la yole dunkerquoise, sortie la première de l'écluse est déjà en train d'y louvoyer, alors que "Volonté" de Douarnenez, remonte bien contre le courant à l'aviron et met déjà à la voile dans un espace de navigation plus sécurisé et plus ouvert.
Malheureusement, nous cafouillons notre départ à la voile (manque d'entraînement !), et le vent et le courant aidant, nous nous retrouvons rapidement sous le vent de notre point de départ, prêts à aller chatouiller les moustaches d’étraves des traversiers qui font régulièrement la navette entre Lévis et Québec, ce qui a l’air d’inquiéter quelque peu nos amis québécois chargés de la sécurité sur l’eau. Dans une manoeuvre nous voyons également avec horreur, la drisse de taille-vent monter en tête de mât. Rien de bien grave (un écrou desserré), mais toujours délicat à gérer sur l’eau !
Un quai arrivant à grande vitesse à proximité de notre tableau arrière, nous remettons notre yole en configuration « aviron », en gardant les mâts en place, et retraversons le fleuve, en surveillant bien les départs et arrivées des traversiers, avec la ferme intention de remettre à la voile, dès que possible. Ce qui ne sera, malheureusement, pas possible faute de temps (un éclusage nous attend pour rentrer dans le bassin).
Avrès cette première navigation, nous nous disons que le plan d’eau n’est pas facile à naviguer (d’autant plus qu’il faut aussi tenir compte des énormes cargos et autre porte-conteneurs qui sont prioritaires dans le chenal !!!), et que l’équipage à besoin de retrouver ses marques (pas beaucoup d’entraînement et surtout pas de sortie à la voile depuis un mois et demi !!!), si l’on veut participer pleinement à l’événement !
Mais le bilan de cette navigation laurentienne n’est pas si lourd que cela, si l’on considère que c’est notre unique « confrontation » à d’autres yoles (nous devions rencontrer « Morbihan » et son équipage au cours d’un de nos week-ends d’entraînement quiberonnais, mais la mer et le vent en avaient décidé autrement ce jour-là, et les morbihannais, venant courageusement de Vannes s’étaient réfugiés à La Trinité/Mer et avaient fini le trajet en voiture pour venir partager le repas du soir à Beg Rohu avec nous). Cette sortie aura permis d’observer ce qui se fait chez les autres : à nous d’en tirer les conséquences et les profits !? Avrès le retour au port et le rangement des bateaux, l’autre grand moment important de la journée, nous attend : la cérémonie officielle d’ouverture.
Tous les équipages sont attendus en tenue de soirée,« sur leur trente-six », comme on dit au Québec, sous le chapiteau géant du « quatre centième », pour le souper (en français de France : pour le dîner) à 16 h 30. Cela fait un peu tôt pour nos estomacs de français pas encore remis du décalage horaire, et le repas froid qui nous est proposé à un peu de mal à passer. Il est vrai que de ce côté-ci de l’Atlantique, l’habitude est de passer à table plus tôt que chez nous ! Nous enchaînons directement avec la cérémonie d’ouverture du défi, qui voit deux membres de chaque équipe présenter leur région sous les couleurs de leur drapeau, accueillis par les membres de l’organisation en costume d’époque. Il nous est remis un fanion officiel. La soirée sera parachevée par un concert « du feu de Dieu », du groupe de musique traditionnelle québécoise « Le vent du nord », qui entraîne les équipages dans des danses endiablées, dans une ambiance fraternelle et conviviale. Ca y est, le « Défi jeunes marins 2008 » est vraiment lancé !!!

Ce vendredi 25 juillet est pour nous l’heure de vérité : la première épreuve de ce défi que nous préparons activement depuis le début du mois de mars. Et cela commencera par une régate voile/aviron et le tirage au sort du briefing du matin, nous a attribué comme adversaires du jour : « Profils pour l’avenir », « Audace », et « Morbihan » sur le dernier départ. Une fois sur l’eau, le vent, orageux, est au sud-ouest 10 à 15 nœuds, avec des rafales à 20. Le ciel est nébuleux et quelque peu menaçant. Nous sortons des bassins à l’aviron, et rapidement, mettons à la voile pour pouvoir répéter nos gammes en nous dirigeant tranquillement vers les « battures », de Beauport, lieu de nos premiers ébats nautiques québécois.
Il s’agit en fait, d’effectuer un triangle, en laissant les bouées à tribord, deux fois de suite, avec un départ, un premier bord et une deuxième remontée au vent, à l’aviron.
Comme nous sommes dans le troisième et dernier départ, nous avons un peu de temps devant nous, et nous en profitons pour effectuer quelques empannages en guise d’échauffement. Ce qui nous permet également de descendre sous le vent du plan d’eau, lieu de départ des courses de la matinée. Nous affalons ensuite les voiles à proximité de la ligne de départ, et descendons nos mâts afin de nous remettre en configuration « aviron ». La pression monte un peu en nous, mais l’ambiance à bord, reste calme et concentrée.
Nous ratons malencontreusement le chronométrage, et c’est un peu « au petit bonheur la chance » que nous prenons le premier départ de ce défi, avec quelques secondes de retard. De concert avec « Profils pour l’avenir », au niveau d’ « Audace », et « Morbihan », un peu à la traîne qui semble avoir raté le sien.
Le premier bord d’aviron se déroule plutôt bien pour nous, avec le vent de face, un peu de courant aussi ; et à la bouée au vent, nous sommes accrochés aux basques des dunkerquois, nous avons distancé « Audace » à la rame, et « Morbihan » a du mal à rattraper son retard du départ !
Nous passons à la voile plutôt rapidement (ce n’est pas notre spécialité !), mais « Profils » s’est déjà échappée vers la bouée d’empannage. Les deux bords de largue et l’empannage se déroulent bien et nous sommes toujours en deuxième position de notre poule à la bouée sous le vent.
Nous décidons, comme nous avançons plutôt bien à l’aviron, d’attaquer notre deuxième tour avec les mâts en place, d’autant plus que « Morbihan » est maintenant bien lancée à nos trousses ! Arrivés au vent, nous renvoyons les voiles, et nous apercevons, dors et déjà, deux nouvelles yoles dans notre ligne de mire : il s’agit de « Fionbarra », la très belle yole de nos amis irlandais et d’ « Y’D’Ille », celle de nos voisins rennais ; qui sont parties 5 minutes avant nous ! L’objectif est de les rattraper avant l’arrivée ! Notre chef de bord s’aperçoit alors qu’il a très peu d’informations venant de l’avant, et notamment de son brigadier-président-sexagénaire, mais néanmoins vaillant, Michel. Tout le monde à bord lui répond que c’est normal, puisque ce dernier a perdu ses lunettes à la mer depuis un bon moment ! Il nous faudra donc faire « sans yeux » à l’avant ! Cela ne nous empêche pas de faire l’intérieur de la bouée à « Fionbarra », puis nous filons vers la ligne d’arrivée, au coude à coude, avec l’équipage de la capitale bretonne.
Nous terminons donc deuxièmes de notre manche, à notre grande satisfaction, et apprendrons, plus tard, que nous avons effectué le 6ième temps sur ce parcours, ce qui n’est pas mal du tout ! Toute l’équipe a été studieuse, appliquée, concentrée, et il n’y a pas eu un seul mot de trop à bord. De bon augure pour la suite des événements !!
Nous regagnons la plage de Beauport, en tirant des bords, où doit se dérouler le « lunch » et mouillons notre bateau le nez dans le vent et face à la plage, en faisant attention à la « mer » qui descend. Nous débarquons et allons manger avec les autres équipages avant le briefing des chefs de bord qui nous donnera le programme de l’après-midi. Au cours de celui-ci, il est décidé de faire une épreuve de voile qui ne comptera pas pour le classement général, juste pour le « fun » !
Le comité de course part alors immédiatement mouiller son parcours sur l’eau, et une à une les yole quittent la plage et regagnent le plan d’eau. En ce qui nous concerne, nous sommes dans les derniers à quitter la terre (nous avons quelques traînards pas pressés dans l’équipage !), et nous partons à la voile du mouillage. Voyant que le comité a positionné sa ligne de départ très près de la terre, Thierry décide de rester tirer des bords entre la terre et cette dernière. Bien lui en prend, car à l’heure où les yoles auraient dû prendre leur départ, seules « Laval’heureuse » et « Massalia » sont au rendez-vous. Les autres concurrents se sont laissés dépaler sous le vent, et ne pourront donc pas prendre ce départ. Le comité de course se sent donc obligé d’annuler la manche prévue cette après-midi, par « manque de combattants » ! De dépit, nous décidons de faire une tentative de retour vers le bassin Louise, contre vent et courant, à la voile ! Avrès deux traversées du fleuve et un virement de bord, nous revenons à notre endroit de départ et Thierry, sagement, décide de mouiller près de terre et de remettre à l’aviron. Puis nous sommes remorqués par les bateaux de l’organisation, comme tout le reste de la flotte, pour ne pas être trop tard à bon port. Avrès cette journée initiale bien remplie, et malgré la déception de la manche de voile annulée, les premiers chants dans l’écluse viennent ponctuer agréablement cette rentrée au port.
Une partie de la soirée est consacrée à la révision de nos chants de marins, car nous passons l’épreuve demain midi.
Le lendemain, samedi, les deux épreuves que nous appréhendons le plus sont au programme de la journée : la course de deux milles à l’aviron, et le chant de marins ! Rude journée en perspective ! Nous mettons à profit l’éclusage, pour nous échauffer la voix. Mais nous aurons tout d’abord à parcourir deux miles et demi, pour rejoindre l’Anse-à-Foulon, et le Yacht Club de Québec, lieu de départ de cette épreuve. Nous serons opposés à « Joie de vivre » et son équipage constitué en partie de jeunes américains, et pour l’autre de jeunes de la yole « Le traict ». Nous profitons du temps calme et ensoleillé du moment, pour réviser notre technique de nage : il faut ralentir notre cadence afin d’être plus efficaces, sans trop « griller nos batteries ». Car il nous faudra tout donner lors de cette compétition qui est probablement la plus physique de tout le défi ! Au pied du château de Frontenac, nous laissons passer les fameux « traversiers », qui font la navette entre Québec et Lévis, et remontons tranquillement, avec le courant, le fleuve, tels nos ancêtres découvreurs. Fleuve qui doit bien se souvenir d’avoir déjà vu, il y a quelques siècles ce type d’embarcation fréquenter ses eaux ! Arrivés au niveau du YC de Québec, nous prenons un « tangon » (non, ce n’est pas pour lancer le spinnaker !), pour nous amarrer. Nous attendons sagement (nous sommes sur le troisième départ) en révisant nos chants du concours. Nous attendons d’autant plus que « Zou Maï » a perdu son safran (qui sera refait aimablement et efficacement par nos amis québécois dans la soirée !) en accrochant une bouée ! Tiens, tiens cela deviendrait t-il une (mauvaise) habitude !? Amélie mène aussi une petite danse et y emmène tout l’équipage (ou presque). Ce qui est très apprécié de nos voisins de mouillage québécois qui applaudissent notre prestation, et relancent l’ambiance à leur tour par une chanson de leur cru ! C’est désormais l’heure de notre départ, et nous laissons notre « tangon », pour nous présenter sur la ligne de départ. Le courant nous y porte trop rapidement, et notre chef de bord, ce bourreau, nous demande de « scier partout » pendant trois bonnes minutes qui nous paraissent des heures ! Tout cela pour ne pas voler le départ et prendre ainsi des pénalités, mais aussi pour éviter l’énorme balise blanche qui marque le bout extrême de la ligne de départ et qui pourrait créer quelques dommages sur notre bateau ! Nous souquons, par moment, fermement dans les remous et les vagues des bateaux à moteurs qui passent sans se soucier de nous ! Tout le monde a « serré les fesses », et le signal de départ est une délivrance pour tous ! Nous partons au « top », comme des furieux et laissons déjà derrière nous « Joie de vivre » qui a moins bien négocié son départ que nous ! C’est déjà aussi une victoire pour nous, et nous ralentissons progressivement notre cadence, après ce départ « sportif », et prenons notre rythme de croisière : nous n’avons jamais aussi bien navigué à l’aviron… Deux miles plus loin et quelques vingt et une minutes plus tard, nous franchissons la ligne d’arrivée, fourbus mais heureux et plutôt contents de notre performance : c’est l’équipage de rameurs qui a demandé à souquer plus fort sur « le bois mort », sur la fin du parcours ! Nous nous dirigeons tranquillement vers le quai des Cageux, pour débarquer à terre.
Le quai des Cageux, situé au pied du pont de Québec, est un charmant endroit qui vient d’être réhabilité en une magnifique promenade. Ainsi, de lieu de pêcherie utilisé ancestralement par les Amérindiens jusqu’à endroit touristique ; il aura également été un site de déchargement du bois qui transite sur le fleuve (les cageux étant les conducteurs des cages, ces radeaux de rondins qui pullulent sur l’eau jusqu’à la fin du 19ième siècle) ; puis le bois étant conduit sur place, l’anse devient alors un haut lieu de construction navale, et pour enfin devenir, à l’ère industrielle, un dépôt de carburants, tout au long du 20ième siècle. Afin d’être rendu au public, sous la forme d'une superbe promenade, de pierre, de bois et de verdure. Une tour de 25 mètres, d’où l’on peut avoir une vision différente sur le fleuve vient parachever le tout ! Au milieu de cette promenade « Samuel de Champlain », un chapiteau blanc siège, où nous pourrons nous restaurer, et y inscrire de nouveaux exploits, mais cette fois-ci vocaux !
Flavie a de nouveau revêtue ses habits d’époque, pour nous accueillir et annoncer devant un public important et nos amis yoleurs, l’ordre de passage des équipages pour l’épreuve du chant de marins. Pour ce qui nous concerne, nous avons choisi « Hourra les filles », chant à ramer bien connu des habitués de la voile traditionnelle, et édité en son temps par le « Chasse-Marée » dans une de ses célèbres anthologies, pour la simplicité de son air et de ses paroles sur lequel Christophe improvisera une danse de Capoiera (rappelant ainsi que celle-ci était aussi à l’origine un art martial brésilien utilisé comme moyen de défense, par les équipages noirs embarqués sur les bateaux). Pour le plaisir et en hommage à notre parrain, nous avons aussi prévu de chanter « Santiano ». Tout l’équipage viendra chanter ensemble, ce qui n’était pas évident pour certains au départ, et du fait de la démonstration de Christophe, nous ne chantons pas sous le chapiteau, mais en plein-air emmenés par Marie-Noëlle, en nous tenant par les épaules tel une équipe de rugby avant un match.
La Capoeira et « Santiano » passent plutôt bien au niveau du public, et nous nous sortons pas trop mal de cette épreuve.
Au programme de l’après-midi, une régate voile, qui sera tout simplement un long bord de vent arrière vers l’arrivée, près du bassin Louise. Le tirage au sort du matin ne nous a d’ailleurs guère épargnés, puisque nous allons affronter deux des meilleures yoles françaises que sont « Profils pour l’avenir » et « Volonté », et que notre chef de bord connaît bien, puisqu’il a navigué aussi bien avec Yves (Dz) qu’avec Olivier (Dk) ! Donc, pas question de s’endormir à l’heure de la sieste : ça risque d’être chaud ! Le vent de sud-ouest force 3-4 avec rafales est plutôt irrégulier, notamment autour de la ligne de départ, plus abritée. Nous sommes un peu à la traîne au signal de départ, mais nous collons un bon moment au tableau arrière de « Profils », tandis que « Volonté » s’est déjà échappée sous le vent, après avoir pris un très bon départ. Nous luttons toujours bord à bord avec les dunkerquois, puis nos routes divergent quelque peu. Nous allons à terre chercher la ligne d’arrivée, prés du YC Québec, ainsi qu’une latérale bâbord, à laisser à tribord. Avrès avoir dépassé l’Anse-à-Foulon, nous continuons notre route, sans trop savoir où se trouve cette satanée ligne d’arrivée. Soudain, un signal sonore, sur notre bâbord nous fait comprendre que nous en avons terminé avec la manche de voile du jour. Nous sommes troisièmes de notre poule, mais n’avons pas à rougir de notre prestation, car nous ne sommes pas très loin de nos deux adversaires, et nous avons correctement enchaînés nos manœuvres à la voile. Reste que nous souffrons légèrement d’un petit déficit de vitesse, par rapport à notre duo de coriaces concurrents. Peut être est ce dû au fait, que par manque de temps d’entraînement, nous n’avons pas pu nous habituer au vent arrière à naviguer « borloket », ou « en oc’h », que dunkerquois et douarnenistes maîtrisent, eux, parfaitement ? Ou bien est ce à cause de l’eau que nous transportons clandestinement, car nous venons de découvrir une voie d’eau sur notre avant bâbord, qui suinte régulièrement, ce qui nous oblige à écoper de plus en plus souvent ??!!
Nous rentrons au bassin Louise après une nouvelle journée intense, et soulagés (provisoirement !?), car nous pensons avoir plutôt bien négocié les deux épreuves de ce défi québécois que nous redoutions le plus. Les résultats du soir nous étonnent grandement, car nous terminons troisième de la longue distance à l’aviron, juste derrière les deux yoles québécoises, par ailleurs plus légères ! Et nous battons le bateau dunkerquois, d’une poignée de secondes ! L’euphorie n’est pas loin de nous gagner !!!
Au classement général, nous avons donc, « Sault-aux-matelots », déjà en tête ; suivi de « Profils pour l’avenir », de « Joie de vivre », nous (tous surpris !), et de « Volonté ».
Ce dimanche ne sera pas pour nous un jour chômé ! En effet, nous repartons de nouveau pour le quai des Cageux, pour faire l’épreuve de slalom sans safran (même pour « Zou Maï », à qui nos amis québécois ont refait un safran tout neuf dans la nuit !) ; ainsi que la deuxième partie du concours de chants. Au port, ou dans l’écluse, nous avons un certain succès lorsque nous arborons l’immense drapeau bleu de la ville de Laval : il faut dire qu’une ville de Laval (en souvenir du Monseigneur du même nom, déjà cité plus haut) existe au Québec, aux environs de Montréal. Nous avons même entendu, ces commentaires sur le quai : « pour des québécois, ils parlent drôlement bien le français » !!! Afin d’éviter une trop grande confusion, nous gardons le plus souvent possible le pavillon tricolore sur notre tableau arrière. Pour ce qui concerne les sorties d’écluse, l’ambiance commence à monter et les discussions de bateau à bateau, ainsi que les chants égayent un peu ce moment de transition, devant un public non négligeable. Des regards entendus (entre québécois et bretons !) sont aussi échangés lorsqu’un « merde pour le Roi d’Angleterre », vient ponctuer ce moment convivial. Une fois sortis de l’écluse, nous devons enchaîner, 5 miles à l’aviron, avec le vent de face qui commence à se lever, et comme une habitude déjà bien prise, nous laissons la priorité aux « traversiers » qui font la navette entre Lévis et Québec ! Hélas, (ou plutôt heureusement ?!) le vent de sud-ouest se renforce et nous gagnons difficilement au vent, à l’aviron, sans nous fatiguer. Les bateaux de l’organisation nous remorquent donc jusqu’au pied du pont de Québec. Celui-ci mérite d’ailleurs que l’on s’y arrête un peu : classé monument historique du Canada, commencé en 1904, terminé en 1917 ( !), et inauguré en 1919, il a eu une histoire mouvementée. Il s’est effectivement écroulé deux fois, faisant en 1907, près de 75 morts ! Une légende naît alors comme dans tout endroit considéré comme « maudit » : un contremaître du chantier, devant tant de déboires, aurait passé un pacte avec le diable ! Il lui aurait promis l’âme du premier être humain qui franchirait le pont en échange de la fin rapide et de la viabilité du pont. Celui-ci terminé, voyant rôder un ingénieur à l’air « diabolique » sur le pont (sans doute pour réclamer son dû), ce contremaître lui aurait jeté au visage un chat noir qui passait par là, et qui ne demandait rien. Rompant ainsi le pacte qu’il avait passé avec Lucifer, on ne retrouva, au milieu du pont qu’une boule de poils accompagnée d’une désagréable odeur de souffre !!! Depuis cette histoire, le pont est toujours debout !!!
Nous sommes maintenant en attente, à proximité du quai des Cageux, car le comité de course termine le mouillage des deux parcours de slalom sans safran parallèles. Cela dure un moment, car les conditions climatiques ne sont pas évidentes (du courant dans un sens et un vent qui s’évertue à souffler dans le sens opposé, en rafales désordonnées !!!). Mais Marius, le président de notre comité de course, reste d’un calme olympien (québécois ?), et sa voix tranquille continue à donner ses consignes à son bateau-mouilleur , qui, lui, mouille et remouille inlassablement les bouées qui partent folâtrer « à tout va ». Pour ce qui nous concerne, la tension monte à bord, et cette attente se fait pour nous de plus en plus longue, tant nous voulons en découdre de nouveau, après notre « exploit » de la veille. Finalement notre comité de course décide sagement de ne garder qu’une seule bouée sur chaque parcours et de lancer les départs. Nous serons sur le deuxième en compagnie « D’Y’Idille ». Nous nous enflammons quelque peu, entraînant nos concurrents du jour, dont la VHF est en panne dans notre sillage, car notre chef de bord a confondu notre signal préparatoire avec le signal de départ !!! Le comité de course, bon prince, annule notre confrontation et nous autorise à reprendre un départ, mais après le passage des autres duos. Une nouvelle attente en perspective ! Cette mésaventure nous aura tout de même permis de tâter le terrain et de finir de nous convaincre que nous avons ramé trop vite, en espérant que nous n’avons pas grillé nos réserves d’énergie, dans cette première tentative. Enfin, nous prenons le départ, à la suite de tous les autres, et effectuons notre aller/retour avec une meilleure cadence que lors de notre essai précédent. Nous terminons largement devant « Y’D’Ille », et c’est satisfait de notre prestation que nous regagnons le quai des Cageux, tout proche. Et il y a de quoi être fiers de nous, car, nous l’apprendrons plus tard, nous avons effectué le meilleur temps de toute la flotte, et gagnons donc la régate dans notre groupe. Bravo à tout l’équipage.
Le quai des Cageux nous attend maintenant pour le repas, et la deuxième partie du concours de chants de marin, sur la splendide promenade Samuel de Champlain, inaugurée récemment, et dont les travaux auront duré plus de deux ans.
Max, notre responsable « matériel », profite de cette pause bienvenue, pour voir s’il peut étancher un peu la soif de notre yole qui continue à boire quelques litres d’eau salée par jour, car nous écopons de plus en plus souvent !
Cet après-midi dominical sera consacré à une deuxième épreuve de voile, avec un départ et une arrivée tels que la veille, des conditions agréables (vent de sud-ouest 2 à 4 assez irrégulier et un peu de soleil). Le tirage au sort matinal n’a cette fois ci pas été non plus très favorables, puisque nous rencontrons de nouveau, « Volonté », « Profils pour l’avenir », auxquels s’ajoute « Morbihan », qui, à la voile, n’est pas un client facile non plus !!! Nous préparons notre bateau, et larguons notre mouillage, à la voile. Pas d’attente pour nous cette fois, puisque nous sommes sur le départ initial. Et ça promet d’être chaud !!! Et ça l’est !!! Nous partons au top-départ, l’étrave au niveau de la ligne ! Belle cohésion d’équipe pour ces manœuvres, et nous tentons de nous échapper au vent de notre petit groupe, afin de profiter d’un vent un peu plus frais et essayer ainsi d’être plus rapides que nos petits camarades qui nous talonnent déjà, grâce à d’excellents départs également. Nous tirons ensuite des bords de grand largue, en multipliant les empannages pour essayer de palier notre « manque » de vitesse, observé la veille vis-à-vis de nos concurrents. Nos manœuvres passent bien, et la bataille fait rage entre nos quatre bateaux qui se croisent et se recroisent en « se tirant la bourre ». En fin de compte, c’est « Profils » qui l’emporte, d’un cheveux devant les douarnenistes, les morbihannais, et nous, avec moins de 5 minutes d’écart ! « Morbihan » a même fait les dernières encablures de la course, la misaine en partie à contre pour pouvoir passer la ligne d’arrivée dans le bon sens ! Quelle régate ! Nous sommes bien sûr déçus de cette quatrième place, mais nous nous en sortons bien de nouveau, car les équipages dunkerquois et morbihanais ont été disqualifiés, comme le stipule le règlement du Défi, pour avoir utilisé les avirons dans la dernière minute avant le départ. Nous terminons donc cette manche à la deuxième place ! Au désormais traditionnel classement du soir, « Sault-aux-matelots »est toujours en tête, suivie de « Fille de Loire », « Profils pour l’avenir », « Volonté » et nous encore tout étonnés de ce trouver si haut dans le classement ! Mais des tensions ont tout de même surgi au sein de notre équipage, et nous passons notre soirée à les réguler.

Ce nouveau jour qui se présente est consacré à l’épreuve dite « yole du capitaine », qui demande plus de finesse et de doigté tant pour le chef de bord que pour son équipage, que la longue distance à l’aviron, par exemple. En ce qui nous concerne, nous n’avons pas eu le temps de la travailler spécifiquement, et ce sera donc une première tant pour l’équipage que pour le chef de bord ! Nous savons effectuer toutes les manœuvres demandées et nous en discutons longuement pendant l’attente qui précède l’épreuve, au fond du bassin Louise : nous nous mettons d’accord sur la procédure à effectuer. En attendant de faire de nouvelles étincelles sur cette épreuve-ci, la surprise du jour vient du classement, où nous nous retrouvons à la troisième place. La joie de l’équipage est à son comble, et celui-ci vient l’annoncer au chef de bord qui sort du briefing matinal. Il verse d’ailleurs une petite larme devant tant d’émotion, et un pari (forcément idiot !) est engagé : si nous terminons le Défi à cette place, Thierry sera tondu, et perdra ainsi sa belle chevelure frisée ! Toujours est-il qu’il a du mal à se remettre de ses émotions, un stress intérieur le gagne, et l’attente qui se prolonge pour l’épreuve du jour n’arrange rien à son état fébrile ! Il faut pourtant bien aller le chercher ce capitaine en costume d’époque (c’est François, le président du Défi), mais qui a gardé ses baskets du 21ème siècle, non pas par pure coquetterie, mais plus par soucis de sécurité, sans doute ; sur un bateau de plaisance, et le déposer sur un ponton, en faisant toutes nos manœuvres dans les règles de l’art. Le premier « laisser courir » est un peu juste et c’est sans vitesse que nous accostons le voilier où nous devons embarquer notre officier et que nous nous déhalons à l’aide de nos gaffes. Aïe, cela commence mal ! Ce qui n’arrange pas l’état de stress de Thierry. Karine accueille tout de même notre capitaine, mais notre chef de bord, qui frôle maintenant l’apoplexie, fait réarmer les avirons de bâbord, avant d’avoir préparé ceux de tribord ! Les rameurs bâbordais sont obligés de « laisser courir » de nouveau, afin de donner la possibilité aux tribordais de réarmer les leurs ! Il a d’ailleurs fallu qu’Anne fasse des signes discrets à son chef de bord pour qu’il s’en aperçoive ! Merci à elle. Nous quittons désormais le voilier de Ghislain, notre capitaine à bord, assis tranquillement sur son petit coussin, en direction du ponton où nous devrons le débarquer. Nous stoppons notre avancée solitaire parce que nous sommes bloqués par des bateaux qui attendent pour rentrer dans l’écluse ! Décidemment, aujourd’hui, rien ne va comme il faut ! Cet événement sera-t-il une nouvelle source d’angoisse pour notre maître d’équipage ? Notre deuxième « laissé courir » est mieux appréhendé que le premier, et nous déposons au mieux notre capitaine à bon port, non sans lui avoir offert une casquette aux couleurs de notre ville (et donc de notre bateau), avant de repartir rejoindre les autres yoles de l’autre côté du bassin Louise. Le public, massé sur les quais applaudit chaleureusement la prestation de chaque équipage. Une fois reparti du ponton, Thierry donne la consigne de rentrer les pares-battages. L’équipage lui répond alors en chœur, qu’ils n’ont pas été sortis lors du deuxième accostage, néanmoins, François et Antoine font semblant de les rentrer ! Rire général à bord, qui ponctue ainsi la fin de cette épreuve très stressante. Thierry n’était pas dans son assiette aujourd’hui, mais nous limitons quand même les dégâts sur cette épreuve qu’il faudra mieux travailler lors d’un futur Défi, si l’on veut être plus performants ! Celle-ci ayant duré plus longtemps que prévu, le rallye nautique de l’après-midi, qui devait nous mener vers le YC Québec, est raisonnablement annulé par les organisateurs, faute de temps. Nous prenons donc en commun, notre repas du midi, dans la salle orange du Petit Séminaire. Cette demi-journée de pause est la bienvenue, et cela permet aux uns et aux autres de souffler un peu dans cette semaine bien chargée, et ainsi d’aller faire du « magasinage », du tourisme, se reposer, etc… Il nous faut aussi trouver un moment pour nous entraîner à l’épreuve du « transfert de sac », que nous n’avons, non plus, pas eu le temps de travailler spécialement pour cette occasion. Le soir, à la lecture des résultats du jour, nous sommes évidemment déçus, car nous ne prenons qu’une décevante onzième place pour l’épreuve de la « yole du capitaine ». C’est « Sault-aux-matelots », une fois n’est pas coutume, qui obtient le meilleur score, à égalité avec « Jemvar », et devant « Zou maï », « Massalia », et « Volonté ».

Le passage dans l’écluse étant prévu à 11 heures, en ce mardi 29 juillet, nous profitons d’avoir un peu de temps devant nous pour nous entraîner au « transfert de sac ». Nous « décortiquons » ensemble la manœuvre et la réalisons, lentement, point par point ; afin que chacun ait bien pris conscience de son rôle, à bord ou à terre, pour cette épreuve qui demande de la coordination, du tact, et de la précision. L’élément le plus important en est, le lancer de la touline, auguste geste du marin lançant son aussière ! Nous avons d’ailleurs la chance d’avoir à notre bord, trois équipiers (Christophe, Antoine et François) qui viennent d’obtenir brillamment leur BNSSA, dont le lancer est une des épreuves ! Ils sont donc tout désignés pour jouer ce rôle et s’entraîner à ce geste ancestral ! C’est finalement Christophe qui semble le mieux à même d’occuper ce poste. Alessandra (notre spécialiste en nœud de sac) et Max seront sur le quai pour y recevoir la fameuse touline. Le reste de l’équipage se répartit les rôles autour de la manipulation du mât de taille-vent et les avirons. Le problème pour le chef de bord est de réussir à coordonner l’ensemble. C’est comme d’habitude pour lui, mais en plus précis, et dans un temps chronométré. Nous nous entraînons une bonne heure, afin que tout le monde visualise bien la manœuvre, puis vient l’heure de l’éclusage, avec un joli grain d’orage à la sortie ; et nous prenons ensuite, pour une dernière sortie sur le Saint Laurent, la direction des battures de Beauport, pour une dernière épreuve qui sera, soit une régate voile, soit un nouveau slalom sans safran. Nous voguons tranquillement à l’aviron, il n’y a pas beaucoup de vent et le courant nous est favorable ; vers le lieu de départ des régates. Le comité de course décide finalement de refaire une épreuve de slalom sans safran, tant il est vrai que le premier était quelque peu tronqué, et a déjà mouillé ses deux parcours parallèles lorsque nous arrivons sur zone. Nous devons affronter « Jemvar », qui doit être remontée à bloc, par la note obtenue à l’épreuve de la « yole du capitaine », à égalité avec les leaders du classement, sur le cinquième départ. Les premiers affrontements sont lancés, et pendant le quatrième, un monstrueux grain orageux, venteux et pluvieux, vient s’abattre sur la tête de nos malheureux équipages de canots non pontés ! Le comité de course temporise un peu, après l’arrivée des yoles dunkerquoises et rennaises, et lance notre procédure de départ, alors que nous avons encore un peu de pluie et de vent de ce grain. Nous partons bien dans notre porte et prenons quelques longueurs d’avance sur les toulonnais. Les trois premières bouées se passent bien et nous sommes toujours devant nos concurrents directs qui s’accrochent pourtant bien à notre tableau arrière ! Mais passée la deuxième bouée rouge du parcours, « Laval’heureuse » part dans un énorme dérapage que Thierry a du mal à contrôler : que se passe t-il ? Il fait alors lever, puis rentrer les avirons à tribord : peine perdu, c’est déjà trop tard, nous touchons inexorablement la « maudite » bouée, sur notre arrière !!! Elle défile alors tristement le long du bord, dans un silence de mort !!! Nous reprenons alors nos esprits, réarmons les avirons de tribord, et reprenons notre slalom. Mais « Jemvar » en a profité pour passer devant nous ! L’objectif pour cette fin de course sera maintenant de les rattraper, et si possible de les dépasser ! Nous remontons désormais contre le vent, et telle une fusée jaune et bleue filons vers la ligne d’arrivée. Nous finissons à une demi longueur de coque de notre adversaire, qui avouera plus tard avoir eu peur de se faire dépasser ! Quel dommage ! Une épreuve à notre portée, et de nouveau des points perdus ! La déception est grande et se lit sur tous les visages des équipiers, comme sur celui du chef de bord. Manifestement, la fin du parcours aller, entre les troisième et quatrième bouées, sur la ligne d’eau la plus proche du bateau comité, était traversée par un fort courant. Tous les bateaux concourant sur celle-ci ont eu du mal à passer cette dernière bouée. Parfois comme nous en la touchant, et presque toujours en perdant leur duel (à part « Profils pour l’avenir » qui a gagné le sien). Alors que faire ? Accepter cette mauvaise manœuvre et la pénalité d’une minute qui va avec ? Ou bien aller râler auprès de l’organisation pour qu’elle nous donne une forme de compensation, comme cela a été fait lors du premier slalom, et pour le concours de chant ? Non, nous restons très « fair-play », dans l’esprit de cette épreuve conviviale, en ne réclamant rien. Au final, nous faisons le neuvième temps et avec notre minute de pénalité, terminons à la treizième place de cette épreuve. C’est dur et tout l’équipage accuse le coup ! C’est « Joie de vivre » qui la remporte, devant « Profils pour l’avenir », « Sault-aux-matelots », « Dauphine » et… « Jemvar ». Au classement général, nous restons à la cinquième place, derrière « Sault-aux-matelots », « Volonté », « Profils pour l’avenir », et « Joie de vivre », mais nous n’avons plus de marge d’erreur, car à notre suite, d’autres équipages « poussent » fort, afin de nous déloger : « Fille de Loire », « Dauphine »,…
Avrès une petite trempette d’une partie de l’équipage, l’eau est assez glaciale, nous décidons de rentrer à la voile jusqu’au bassin Louise ; pour ce qui seront nos derniers bords sur le grandissime Saint Laurent, par un vent d’ouest assez irrégulier.
La soirée sera quant à elle consacrée, au rallye terrestre et historique dans la vieille ville de Québec, et qui ne compte pas pour le classement général. Les équipes sont composées de membres de différents équipages, et cela se passe en toute convivialité et dans la décontraction. Une de nos équipes termine troisième, et c’est une équipe basée sur l’équipage de « Morbihan » qui remporte ce sympathique challenge.

Nous abordons désormais la dernière journée de cette amicale compétition, par l’épreuve de matelotage, que pour notre part nous avons travaillé lors de quelques séances à Quiberon (mauvais temps, soirées,…), et aussi lors de séances plus spécifiques, à Laval, lorsque notre navire était en route pour le Nouveau Monde, à la fin du printemps.
Chaque équipage, sous un chapiteau officiel de la commémoration du 400ième de la ville, est représenté par un de ces membres. Trois équipiers, tirés au sort parmi les moins de trente ans de chaque groupe, se succèdent, et doivent réaliser deux nœuds ou épissures sous le regard vigilant d’un jury international impartial. Le tout étant, bien entendu chronométré ! C’est Gilles, notre chef de nage principal, qui est désigné par le sort en premier. Il doit effectuer un nœud de chaise et une surliure simple, puis lui succède Fred, qui devra quant à lui faire, un œil épissé et un nœud de cabestan. Antoine complétera le tableau de cette épreuve avec un nœud d’écoute (qu’il terminera le premier), et d’une épissure carrée, qui au final aura une forme un peu bizarre.
Nous ne récoltons que six malheureux points (mérités par rapport à la prestation donnée) pour cette épreuve (sur les 20 possibles) et terminons avec la plus mauvaise note, et donc le plus petit nombre de points (0), et la dernière place de ce catastrophique concours de matelotage. Nous avions pourtant l’impression de l’avoir correctement travaillé à l’entraînement. Mais avons-nous assez insisté sur l’importance de cette épreuve ? Sur l’importance du matelotage dans le cadre de navigations voile/aviron ? Les jeunes ont-ils pris cela suffisamment au sérieux ? Voilà bien des questions à résoudre si nous voulons améliorer nos prestations futures. Nouvelle déception parmi nous ! La cinquième place va également être très, très dure à conserver !
Ce concours de matelotage est encore remporté par « Sault-aux-matelots » (décidemment, ils sont trop forts !), devant « Fille de Loire », « Volonté » et « Profils pour l’avenir ». Quant à nous, il ne nous reste plus qu’a nous concentrer sur la dernière épreuve du Défi 2008 : le fameux transfert de sac !
Tous les équipages mangent ensemble au Petit Séminaire, dans la désormais célèbre (pour nous) salle orange, et c’est reparti pour un après-midi de transfert de sac dans le bassin Louise ! Le tirage au sort du matin nous a donné pour adversaire du jour, les troyens d’« Audace », pour le quatrième départ, ce qui nous permettra d’observer un peu les différentes méthodes utilisées par les concurrents qui passent avant nous. Là encore l’équipage de « Sault-aux-matelots », de nouveau impressionnant, fait preuve de maîtrise et de coordination ! Pour cette ultime confrontation, nous embarquons cinq femmes (cette épreuve demande de la finesse !) et laissons sur le quai Alessandra et Max, qui se chargerons d’attraper la touline et d’attacher correctement notre sac : s’il tombe, nous sommes disqualifiés. C’est enfin notre tour. « Audace » est plus rapidement que nous sur son mouillage, et nous avons quelques difficultés à faire parvenir notre touline sur le quai. Ouf ! Ca y est, le mât de taille-vent monte alors prestement, l’aussière qui suit la touline fait bien quelques nœuds, mais notre sac revient tant bien que mal à bord, Christophe s’en charge et nous repartons vers la ligne d’arrivée. Cette confrontation aura duré pour nous environ cinq minutes. « Audace » est devant nous, mais pour une première, nous nous sommes bien débrouillés et nous terminons ce Défi la tête haute ! Nouvelle victoire de « Sault-aux-matelots », devant « Profils pour l’avenir » et « Audace », qui réalise ainsi sa meilleure performance de la semaine. Nous obtenons un superbe cinquième temps qui nous satisfait pleinement, étant donné le peu de temps que nous avons consacré à l’entraînement pour cette épreuve ! Comme « Profils pour l’avenir » fait son épreuve de « transfert de sac » juste après nous, nous leur proposons de faire une petite régate impromptue à l’aviron, afin d’animer le bassin Louise. Nous les attendons donc, puis faisons jeu égal avec eux dans une furieuse et mémorable traversée du bassin, qui se termine par un extraordinaire « tire à la corde », les deux yoles amarrées « cul à cul », sans désignation d’un réel vainqueur ! Puis c’est le retour au ponton, à la fois mélancolique (c’est la fin !) et joyeux (les mises à l’eau d’équipiers sont légions, et les seaux d’eau volent bas entre les bateaux !).
La dernière soirée est consacrée comme il se doit à la remise des prix, qui clôture ce Défi jeunes marins 2008 au sein du Petit Séminaire (salle orange). Chaque équipage se voit remettre un sac, remplit de plein de choses, en remerciement pour sa participation. Et chaque équipage dit un petit mot, ou chante une chanson de son répertoire (marin de préférence) afin de remercier nos hôtes qui nous ont si gentiment reçus. L’ambiance devient vite chaude, et chants, encouragements et applaudissements sont au rendez-vous ! La soirée se prolonge, pour les uns dans la salle orange, en chants, discussions, …pour d’autres à l’extérieur, dans une fraternisation conviviale bien maritime. Et ce soir, pour l’occasion, nous avons l’autorisation exceptionnelle de sortie jusqu’à 1 h 30 ! Alors profitons en un peu, après tout ces efforts consentis et cette semaine intense. Certains s’en ressentiront durement le lendemain matin, dont notre chef de bord, qui a été dispensé de briefing matinal, et qui bizarrement a beaucoup de mal à quitter son douillet duvet !
Il ne nous reste plus qu’à ranger notre fier navire dans son container (non sans mal !), pour un retour en France, via Montréal, en usant de la même méthode qu’au déchargement initial ; mais cette fois-ci, avec l’aide d’un camion-grue adéquat. C’est avec un pincement de cœur que nous refermons les portes de notre container pour dire au revoir à notre bateau, comme pour saluer nos hôtes québécois qui nous ont si bien accueillis.
Au delà du résultat en lui-même (septième au classement général) dont nous sommes d’ailleurs très fiers, c’est une véritable aventure collective que nous venons de vivre, avec ses joies, ses rencontres, mais aussi, ses tensions et ses peines…qui doivent pouvoir permettre à chacun de ceux qui ont participé à ce Défi, jeunes et moins jeunes, de réinvestir, les acquis de cette expérience (vie collective, solidarité, entraide, savoirs maritimes, …) dans sa vie personnelle ou professionnelle (nous étions sur une action de formation, en ce qui concerne notre groupe de moins de 30 ans). Des occasions comme celle-la sont trop rares, dans nos sociétés occidentales modernes, pour les vivre intensément et ne pas les manquer. Nous espérons que ce Défi permettra à chacun de ceux qui y ont participé de tracer leurs routes, « que leurs chemins évitent les bombes, qu’ils les mènent vers de calmes jardins » (maritimes de préférence !).
Il ne reste donc plus qu’à remercier grandement et chaleureusement, les bénévoles de l’organisation, emmenés par François et Flavie, pour leurs compétences, leur hospitalité, et leur gentillesse à toute épreuve ! Alors au revoir Québec, et qui sait, à bientôt ?!

Thierry Le Faucheur-chef de bord de « Laval’heureuse ».

Classement général :
1-« Sault-aux-matelots » 61,5 pts (Québec)
2-« Volonté » 52 pts (Douarnenez)
3-« Profils pour l’avenir » 49,5 pts (Dunkerque)
4-« Joie de vivre » 43 pts (France/USA)
5-« Fille de Loire » 39,5 pts (Ancenis)
6-« Dauphine » 37,5 pts (Québec/Internationale)
7-« Laval’heureuse » 36,5 pts (Laval/France)
8-« Morbihan » 33 pts (Vannes)
8-« Zou Maï » 33 pts (Digne)
10-« Jemvar » 29,5 pts (Toulon)
11-« Audace » 28 pts (Troyes)
12-« Y’D’Ylle » 26,5 pts (Rennes)
13-« Fionbara » 25,5 pts (Irlande)
13-« Massalia) 25,5 pts (Marseille)

Légendes des photos:

1: Départ de régate voile entre Laval heureuse et Profil pour lavenir;

2: Départ du deuzième slalom entre Lavalheureuse et Jemvar ;

3: Derniers bords sur le Saint Laurent pour regagner le bassin Louise 2;

4:Derniers bords sur le Saint Laurent pour rentrer au bassin Louise;

5: Eclusage vers la sortie;

6: Les yoles arrivent au quai des cageux après la longue distance à l'aviron.

 

 

 

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