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18 juin 1694 : la descente de Camaret
18 juin 1694
Relation de la descente des ennemis à Camaret.


« Lettre de M. de Vauban au Roy sur la descente des Anglois et Holandois à Camaret.


Sa majesté fut informée par le courrier dépêché hier au soir, 17e de ce mois, qu’une partie de la flotte ennemie avoit parut à l’entrée du goulet à 3 heures après midy et qu’elle avoit mouillée sur les 7 heures du soir dans la Rade de Bertheaume.

Elle n’a fait aucune manœuvre dont on ay pu s’apercevoir toute la nuit n’y aujourd’huy matin jusqu’à 11 heures, peut être à cause d’un brouillard qui a duré tout ce tems là, mais sur les 11 heures ils ont fait lever l’ancre et 8 de leurs vaisseaux, qu’ils ont fait approcher le plus près que l’on peu de Camaret en sorte qu’il y en avoit à deux portées de mousquet et ces vaisseaux, étoient accompagnés d’un grand nombre de batimens plats mâtés comme dessus et plus grands que des chaloupes ordinaires.

L’action a commencé par une grosse canonnade qui a durée près de 2 heures après quoy tous ces petits batimens plats ont fait voille & auprès de l’admiral autour duquel ils s’étoient assemblés pour se rendre dans l’anse du Tremet. Le vent ne leur a pas permis d’abor d’y entrer mais ayant changé tou d’un coup, ils y ont entré et les ennemis se son mis en état de débarquer leur troupes qu’il avoient sur ces petits batimens. Ils ont mis à terre 6 à 700 hommes avec plusieurs officiers à leur tête contre lesquels on a fait d’abord un très grand feu de tous les retranchemens qui étoient garnis des milices du païs et de 8 compagnies franches de la marine qui deffendoient ce poste là sous le commandant de M. le marquis de Langeron.

Le feu a duré longtemps après quoy M. delavoize, capitaine d’une compagnie franche de marine, voyant l’ennemy dans une espèce de confusion, a marché à eux l’épée à la main suivi de 50 soldats de sa compagnie et soutenue par un autre détachement de pareil nombre, et les a renversé et poursuivi jusque dans l’eau. Le sieur Delacousse, capitaine d’une compagnie franche a été blessé dangereusement dans cette occasion. Comme les ennemis avoient fait leur dessente de juzan, 7 de leur petits batimens se sont trouvés échoués et on a pris, prisonniers, & tués ou blessés tous les soldats et officiers qu’on y a trouvé ou qui vouloient s’y sauver.

M. le conte de Servant, maréchal de camp, M. Delavoize, brigadier de l’infenterie, et M. Duplessis, brigadier de la cavallerie, qui estoient rendus sur les retranchements avec le régiment de cavallerie ; Duplessis sur les avis qu’il avoit reçu par les signaux de l’arrivée des vaisseaux ennemis leur fait paroître sur les hauteurs et ont fait même marcher un escadron sur la grève. Les autres batimens ennemis qui n’avoient pas encore débarqué les soldats qui les montoient n’ont plus songé qu’à se retirer à la faveur des gros vaisseaux qui continuoient toujours de tirer du canon, et auxquels on répondoit des retranchemens et de la tour de Camaret.

On a fait 498 prisonniers et il y a eu pour le moins 500 hommes des ennemis noyés ou tués dans le nombre desquels il s’est trouvé M. Talmach, général de l’infanterie angloise et yrlandoise et qui commandoit ce débarquement à ce qu’à raporté un officier prisonnier qui se dit son lieutenant.

Un des vaisseaux de guerre des ennemis qui est holandois et qui s’étoit aproché le plus près de Camaret, ayant apareillé trop tard, s’est trouvé échoué et M. de La Grandinière s’en étant aperçu a mené des mousquetaires sur des roches voisines qui commandoient sur le vaisseaux et l’a obligé ainsy de se rendre. On y a fait 64 prisonniers et on y a trouvé 40 tués parmi lesquels étoit le capitaine ; il est de 30 canons.

Il n’y a eu plus de 40 ou 50 hommes tués ou blessés des nôtres, dont il n’y a même que deux officiers, savoir M. Delacousse qu’on a marqué cy dessus avoir été blessé dangereusement et le sieur Delavallet. Ces officiers se sont distingués et ont eu beaucoup de part au succès de cette affaire. »

Source : Service historique de la Défense, département Marine, Brest, 1L 2, folio 151-152.

Biographie :

"Historien, Jean-Yves Besselièvre mène des recherches sur l’histoire des fortifications de Brest et de sa région, pour lesquelles il a reçu le prix de la Société archéologique du Finistère en 1996.
Ses travaux ont fait l’objet de plusieurs communications et publications, dont Vauban, la forteresse idéale, livre-dvd, La Maison d'à côté, 2007.
Formé à l’étude et à la valorisation du patrimoine, il a occupé des postes de médiateur, de formateur et de chargé de recherche dans le domaine patrimonial.
Il a notamment pris part au programme européen Fortimedia (valorisation du patrimoine fortifié européen) dont il a assuré la conception et la rédaction du volet encyclopédique (http://fortimedia.scorpio-binary.com )."

Liens :

Site Internet du Réseau des Sites Majeurs de Vauban candidats au patrimoine mondial de l'Unesco
www.sites-vauban.org

 
   
 

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