« Lettre de M. de Vauban au Roy sur la descente des Anglois et Holandois à Camaret.
Sa majesté fut informée par le courrier dépêché hier au soir, 17e de ce
mois, qu’une partie de la flotte ennemie avoit parut à l’entrée du
goulet à 3 heures après midy et qu’elle avoit mouillée sur les 7 heures
du soir dans la Rade de Bertheaume.
Elle n’a fait aucune manœuvre dont
on ay pu s’apercevoir toute la nuit n’y aujourd’huy matin jusqu’à
11 heures, peut être à cause d’un brouillard qui a duré tout ce tems
là, mais sur les 11 heures ils ont fait lever l’ancre et 8 de leurs
vaisseaux, qu’ils ont fait approcher le plus près que l’on peu de
Camaret en sorte qu’il y en avoit à deux portées de mousquet et ces
vaisseaux, étoient accompagnés d’un grand nombre de batimens plats
mâtés comme dessus et plus grands que des chaloupes ordinaires.
L’action a commencé par une grosse canonnade qui a durée près de
2 heures après quoy tous ces petits batimens plats ont fait voille
& auprès de l’admiral autour duquel ils s’étoient assemblés pour se
rendre dans l’anse du Tremet. Le vent ne leur a pas permis d’abor d’y
entrer mais ayant changé tou d’un coup, ils y ont entré et les ennemis
se son mis en état de débarquer leur troupes qu’il avoient sur ces
petits batimens. Ils ont mis à terre 6 à 700 hommes avec plusieurs
officiers à leur tête contre lesquels on a fait d’abord un très grand
feu de tous les retranchemens qui étoient garnis des milices du païs et
de 8 compagnies franches de la marine qui deffendoient ce poste là sous
le commandant de M. le marquis de Langeron.
Le feu a duré longtemps
après quoy M. delavoize, capitaine d’une compagnie franche de marine,
voyant l’ennemy dans une espèce de confusion, a marché à eux l’épée à
la main suivi de 50 soldats de sa compagnie et soutenue par un autre
détachement de pareil nombre, et les a renversé et poursuivi jusque
dans l’eau. Le sieur Delacousse, capitaine d’une compagnie franche a
été blessé dangereusement dans cette occasion. Comme les ennemis
avoient fait leur dessente de juzan, 7 de leur petits batimens se sont
trouvés échoués et on a pris, prisonniers, & tués ou blessés tous
les soldats et officiers qu’on y a trouvé ou qui vouloient s’y sauver.
M. le conte de Servant, maréchal de camp, M. Delavoize, brigadier de
l’infenterie, et M. Duplessis, brigadier de la cavallerie, qui estoient
rendus sur les retranchements avec le régiment de cavallerie ;
Duplessis sur les avis qu’il avoit reçu par les signaux de l’arrivée
des vaisseaux ennemis leur fait paroître sur les hauteurs et ont fait
même marcher un escadron sur la grève. Les autres batimens ennemis qui
n’avoient pas encore débarqué les soldats qui les montoient n’ont plus
songé qu’à se retirer à la faveur des gros vaisseaux qui continuoient
toujours de tirer du canon, et auxquels on répondoit des retranchemens
et de la tour de Camaret.
On a fait 498 prisonniers et il y a eu pour le moins 500 hommes des
ennemis noyés ou tués dans le nombre desquels il s’est trouvé M.
Talmach, général de l’infanterie angloise et yrlandoise et qui
commandoit ce débarquement à ce qu’à raporté un officier prisonnier qui
se dit son lieutenant.
Un des vaisseaux de guerre des ennemis qui est holandois et qui s’étoit
aproché le plus près de Camaret, ayant apareillé trop tard, s’est
trouvé échoué et M. de La Grandinière s’en étant aperçu a mené des
mousquetaires sur des roches voisines qui commandoient sur le vaisseaux
et l’a obligé ainsy de se rendre. On y a fait 64 prisonniers et on y a
trouvé 40 tués parmi lesquels étoit le capitaine ; il est de 30 canons.
Il n’y a eu plus de 40 ou 50 hommes tués ou blessés des nôtres, dont il
n’y a même que deux officiers, savoir M. Delacousse qu’on a marqué cy
dessus avoir été blessé dangereusement et le sieur Delavallet. Ces
officiers se sont distingués et ont eu beaucoup de part au succès de
cette affaire. »
Source : Service historique de la Défense, département Marine, Brest, 1L 2, folio 151-152.
Biographie :
"Historien, Jean-Yves Besselièvre mène des recherches
sur l’histoire des fortifications de Brest et de sa région, pour
lesquelles il a reçu le prix de la Société archéologique du Finistère
en 1996.
Ses travaux ont fait l’objet de plusieurs communications et
publications, dont Vauban, la forteresse idéale, livre-dvd, La Maison
d'à côté, 2007.
Formé à l’étude et à la valorisation du patrimoine, il a occupé des
postes de médiateur, de formateur et de chargé de recherche dans le
domaine patrimonial.
Il a notamment pris part au programme européen Fortimedia (valorisation
du patrimoine fortifié européen) dont il a assuré la conception et la
rédaction du volet encyclopédique (http://fortimedia.scorpio-binary.com )."
Liens :
Site Internet du Réseau des Sites Majeurs de Vauban candidats au patrimoine mondial de l'Unesco
www.sites-vauban.org
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