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Nous pouvons apprendre le mouvement des bateaux dans les colonies grâce à la presse. Durant l'Ancien Régime, la Gazette de la Martinique (15 avril 1784) publia une lettre  relatant les fêtes données en Guadeloupe pour célébrer l'Indépendance américaine (1776-1783)  et le retour à la paix. Si la premièrepartie ne comporte pas d'indications pour l'histoire maritime en revanche dans la seconde partie signale la présence du capitaine Durand Dubraye et de la frégate le Montréal. Auriez vous des renseignements sur l'un ou l'autre ?

Pour mieux comprendre, le Champ d'Arbaud existe toujours à Basse-Terre de même que le fort Saint-Charles qui a depuis été rebaptisé à plusieurs reprise et qui porte aujourd'hui le nom de Fort Delgrès. Le Fort-Louis, n'existe plus qu'à l'état de ruine qui ont été remis à jours au pied du Fort-Fleur d'Epée qui bien que situé dans la commune de Gosier, devait défendre l'entrée de Pointe-à-Pitre.

C'est qui surprend tout d'abord est la magnificence de la fête des négociants. Les colons tentaient de se rapprocher de ce qui ce passait en Europe. Derrière l'expression « Tous les différents corps de l'île, toutes personnes en place, le conseil souverain, le régiment de la Guadeloupe, l'artillerie, le génie & la marine, les commandants de tous les quartiers furent invités à cette fête...» Il faut bien sur  comprendre les citoyens blancs.

Quelques mots sur la Gazette de la Martinique, nous pouvons y lire des textes sur la situation politique générale de la France, des avis de marronnage décrivant les esclaves en fuite, les annonces de départ de la colonie de personnes devant régler leur dettes et quelques fois des lettres sont publiés comme celle-ci dont nous ne connaissons pas le rédacteur. Source Archives Départementales de la Guadeloupe, microfilmées 4 Mi 21. Orthographe modernisée.

 

"LETTRE AU REDACTEUR.

Basse-Terre Guadeloupe le 8 Avril 1784.

MONSIEUR,

«  C'est moins en qualité de censeur, & d'habitant de cette île, qu'en qualité d'observateur, que je vous prie d'insérer dans votre première feuille, le détail de la fête qui nous a été donnée par M. le Général. Vous verrez qu'il diffère dans quelques circonstances de celui que vous avez déjà inséré. »

«  La paix fut proclamée civilement le 16 février dernier, avec les cérémonies ordinaires : le soir il y eut illumination générale : celles du gouvernement & de l'intendance furent distinguées. Le 7 mars, jour désigné pour donner une fête au gouvernement, d'après la lette de cachet du roi adressée particulièrement à M. de la Saulais, cette fête fut annoncée le matin par une salve de 21 coups de canon du fort St-Charles, à midi pareil nombre, & le soir autan pendant le Te Deum. Le même jour, M. de Foulquier, intendant donna un dîner splendide à M. le Général, à MM. du conseil souverain, & à plusieurs autres personnes. Avrès le dîner le général se rendit au gouvernement, où il trouva rassemblés tous les corps militaires, celui de la noblesse & des autres états. Le conseil assemblé, députa MM. de la Charrier &Marre, pour inviter MM. les administrateurs à se rendre au palais, où ils s'acheminèrent sur le champ, accompagnés des deux députés, & d'une partie de la compagnie des mousquetaires, qui se retira ensuite au gouvernement, M. de Moyencourt à la tête. Séance prise au conseil, on délibéra sur le motif de l'assemblée, & sur la marche à tenir ; on se rendit ensuite à l'église, où le Te Deum fut chanté en musique par des amateurs. Le régiment de la Guadeloupe sous les armes sur le champ d'Arbaud, fit trois décharges de mousqueterie après le feu du Fort. L'on se rendit après sur la place Bouillé, pour y allumer le feu de joie, & delà au palais, pour clore l'enregistrement du procès-verbal. A 7 heures du soir M. le Général, M. l'Intendant, & les personnes de distinction se rendirent au champ d'Arbaud pour y voir tirer un beau feu d'artifice, exécuté par le sieur Orange, sous la direction de MM. les officiers d'artillerie. M. le Général engagea cette brillante assemblée à se rendre au gouvernement, où une musique nombreuse invitait les dames à danser. Dès que tout le monde fut rassemblé, M. l'Intendant ouvrir le bal avec Mde Desnoyers, épouse du lieutenant du roi. Les charmes naturels de nos dames & l'élégance de la parure, offraient un coup d'œil enchanteur. A minuit un souper splendide & magnifiquement servi suspendit les plaisirs de la danse. Ce souper artistement décoré flattait autant les yeux qu'il invitait l'appétit à se faire. L'ordre & l'abondance qui régnaient dans le service annonçaient que l'intention de M. le Général avait été de satisfaire tous les convives. Il y avait deux tables de 70 couverts chaque, servies avec autan de délicatesse que de profusion. A peine furent elles desservies, qu'il se présenta des nouveaux convives qui furent servis avec la même prodigalité. Il y avait aussi d'autres tables dans plusieurs appartements. La modestie de M. le Général redoublait notre admiration ; & c'est avec plaisir que nous nous empressons de rendre justice à ses intentions, & au désir qu'il avait de plaire à tout le monde, ce qui augmente en nous notre reconnaissance, & nos vœux les plus ardents pour sa gloire. »

« Enfin, l'aurore mit un terme au plaisir de la danse, & tout le monde se retira fort satisfait, en regrettant des moments aussi agréables. M. le général invita le lendemain à dîner M. l'intendant & quelques personnes de la société & son exemple fut suivi par plusieurs chefs de corps, & plusieurs particuliers de la ville, &ca ».

 

FETE donnée à l'occasion de la Paix par MM. les Négociants de la Pointe-à-Pitre.

 

« La paix, que le roi vient d'accorder aux instances de ses alliés & aux vœux de l'Europe, verse ici l'allégresse dans tous les cœurs. MM. les négociants de la Pointe-À-Pitre, pour témoigner leur satisfaction particulière & leur reconnaissance aux chefs de l'administration, donnèrent, le 28 du mois dernier, une fête des plus brillantes. »

« Un superbe arc de triomphe & deux portiques étaient le monument de la félicité publique : ils servaient d'entrée à une place immense, dont les bâtiments réguliers formaient une perspective ménagée avec beaucoup d'art et de justesse. On voyait dans le fond le temple de la Paix, dans lequel se réunissaient tout les talent : derrière, l'Aurore annonçant un beau jour ; au milieu, une déesse sur un piédestal, qui tenait, d'une main, une palme ;de l'autre les attributs de la guerre, en annonçant le bonheur des hommes par ces mots : spes difcits vestras. Sur les pilastres de l'arc de triomphe, on voit les emblèmes du Commerce & de l'Agriculture ; les armes de la France étaient sur le frontispice, & au dessus de chaque portique, on lisoit des devises relatives à la circonstance : redount Saturina regna ; omnia name rident. »

« L'illumination avait été si artistement distribuée, que tous ces différents objets ressortaient parfaitement. On avait placé, à distance convenable, deux pyramides de feu ; qui jetaient une lumière prodigieuse sur la place, sur le temple & dans une galerie destinée aux danseurs, couverte de feuillée, ornée de guirlandes & palissadée seulement à la hauteur de 4 pieds, afin que ceux qui n'avoient pu être admis, eussent le plaisir de voir la fête. »

« Elle fut annoncée au lever du soleil par une salve de 21 coups de canon du Fort-Louis, répétée par la frégate le Montreal & par tous les navires de la rade. A midi la messe fut célébrée par M. l'abbé Legaux. Les musiciens du régiment de la Guadeloupe s'y distinguèrent par des airs choisis & convenables à la majesté du lieu. M. le général & M. l'intendant y assistèrent, & delà se rendirent, accompagnés de tous les négociants, à l'endroit préparé pour les plaisirs de ce jour. Tous les différents corps de l'île, toutes personnes en place, le conseil souverain, le régiment de la Guadeloupe, l'artillerie, le génie & la marine, les commandants de tous les quartiers furent invités à cette fête, & l'honorèrent de leur présence. Deux tables, l'une de 140 couverts, l'autre de 50, furent servies de tout ce que la colonie & les colonies voisines peuvent fournir de mets exquis & de vins délicats. Le dîner fut charmant ; tous les esprits se conciliaient, tous les cœurs s'unissaient : il semblait que l'assemblée n'eût qu'une âme & qu'elle fût dirigée vers le plaisir. Ce devait être un spectacle bien doux pour les âmes sensibles & honnêtes, de voir la réunion de tant de personnes, avec des intérêts si différents, oublier tout, & ne s'occuper que de joie & de reconnaissance ! Les santés du roi, du dauphin, de la famille royale, du roi d'Angleterre & des Etats-Unis, y furent portées avec une joie universelle, & célébrées au bruit des fanfares & du canon du fort & de la frégate. »

« A 6 heures le bal commença : 200 dames, invitées, plus richement parées les unes que les autres, mais toutes superbement mises, se disputaient à l'envi la gloire d'orner & d'embellir cette fête. Huit contredanses se dansaient à la fois. Les liqueurs les plus fines, les vins les plus rares & les rafraîchissements de toute espèce, se distribuaient avec tant d'ordre & de célérité, qu'on avait à peine le temps de désirer. A minuit, les dames se mirent à table : ce fut l'instant le plus beau, le plus intéressant, le plus ravissant de cette fête : la variété de leurs ajustemens, les nuances de leur plumes, leur parure recherchée & brillante, dont les bougies relevaient encore l'éclat, & que les glace répétaient à l'infini, offraient aux yeux surpris le plus séduisant de tous les spectacles. Vers une heure, les dames recommencèrent à danser. Le bal dura jusqu'au lever du soleil, avec beaucoup d'ordre & de décence, sans accident, sans tumulte, sans trouble. Nulle prétention n'altéra la joie d'aucun convive. Jamais peut-être assemblée aussi nombreuse (on l'estimait à 800 personnes) ne donna moins d'embarras, & ne fut plus satisfaisante : on admira tout, on ne regretta rien que la fin la fête. »

« On en doit les détails & l'ensemble à M. Courtois, commissaire du commerce, dont l'imagination brillante, dirigée par un goût fin et délicat, a heureusement trouvé dans le sieur Maigret, peintre, les talents nécessaires à l'exécution de ses projets. »

« M. le général, M. l'intendant, M. Durand Dubraye, capitaine de la frégate, & tous les étrangers ont été agréablement surpris : ils ne croyaient pas qu'une ville, presque détruite en naissant, par l'ouragan de 1776, totalement dévorée par l'incendie de 1780, pu donner une fête aussi splendide, aussi conséquente...Mais que ne peut point la douceur du gouvernement ? Eh ! N'est-ce pas toujours par la sagesse de l'administration que la culture s'accroît, que le commerce fleurit, & que l'industrie s'anime ?... »

M. le Général est reparti pour le Fort-Royal samedi dernier."



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