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Compléments web Chasse-Marée 250

Sommaire

- Le vapeur Ondée
- Le cercle de voile de Touraine
- Queen of the South

 

Le vapeur Ondée

Complément à l'édito “Douche froide”

ondee
Lire l'article consacré à l'Ondée dans le Chasse-Marée n° 39
, de janvier 1989 >

 

Voir la vidéo du sabordage de l'ex Duguay Trouin >

 

Le cercle de voile de Touraine

Lire l'article intégral >

 

Queen of the South

 

Dans le village de l’Epine les anciens racontent parfois l’étrange histoire du trésor de la Reine du Sud. A la fin du second empire, au lendemain d’une nuit de tempête des pêcheurs auraient trouvé sur la plage de Luzéronde un canot avec de l’or à son bord ainsi que le cadavre d’un marin anglais. Les conteurs expliquent que ce canot provenait du trois mâts La Reine du Sud et que le corps était celui de son capitaine. Puis à voix basse ils ajoutent : « était-il vraiment mort cet anglais ou les pêcheurs l’ont-ils achevé ? »

Mais de cette histoire aucune trace officielle, ni dans l’état civil de Noirmoutier, ni dans aucune archive à la Roche sur Yon, à Nantes, à Paris, à Rochefort ou ailleurs.

Pourtant le Queen of the South semble avoir existé puisqu’on se souvient à Noirmoutier du sauvetage de trois rescapés par Jean Elie Chantreau le patron d’un petit chasse marée. Pour cet acte héroïque Napoléon III avait accordé la légion d’honneur.

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A Noirmoutier, on évoque toujours un trésor qui aurait été trouvé sur le cadavre d'un marin du Queen of the South. Selon la légende, deux pêcheurs auraient trouvé le mort et l'or (il pourrait s'agir du capitaine dont le corps a été effectivement retrouvé à Noirmoutier). L'un serait parti au village chercher des secours, ou plutôt des moyens d'enlever le corps, et pendant ce temps l'autre aurait caché le trésor pour lui seul.

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Y avait-il un trésor dans le Queen of the South ?

L’énigme de l’identité et de l’épave du Queen of the South étaient résolues. Il restait cependant à expliquer la légende du trésor de la Reine du Sud sur la plage de Luzéronde. Quelque chose m’avait toujours paru illogique dans cette histoire. Il est invraisemblable qu'une chaloupe ait pu s'échouer à Luzéronde. La tempête soufflait de l'Ouest Nord Ouest soit presque dans la direction opposée pour aller de la pointe Saint Gildas à Luzéronde. Il suffit de regarder la carte marine. D’ailleurs le lendemain du naufrage toutes les épaves et tous les corps ont été retrouvés sur la portion de la côte nord de la pointe Saint-Gildas qui s’étend de l’anse du boucau jusqu’au Cormier. Sans aucune exception. Aucun courant n’a pu pousser une chaloupe à plus de10 milles (19 km) du lieu du naufrage contre la tempête. Comment un tel courant lui aurait fait doubler la pointe de l’Herbaudière pour le rabattre vers la plage de Luzéronde ? Aucun marin n’aurait pu ramer sur une telle distance contre les éléments. Pourquoi d’ailleurs l’aurait-il fait alors que la côte de la Plaine sur mer était si proche ?

D’autres éléments infirment cette dérive fantastique d’une chaloupe. Ce sont les rapports de second capitaine John Boyle. Il en existe trois exemplaires. Le premier a été fait à l'administrateur maritime de Noirmoutier qui l’a retranscrit dans une lettre au ministre de la Marine évoquée plus haut. Le second rapport a été fait au journal Le Phare de la Loire qui l'a publié dans son édition du 1er mai 1868. Le troisième a été fait sous forme de protêt devant le consul de Grande Bretagne à Nantes, il est annexé au rapport d'enquête de la Chambre de Commerce de Nantes que l'on peut consulter aux Archives Départementales de Loire Atlantique.

De manière incidente il faut remarquer qu’aucun de ces rapports ne signale que le capitaine ait fait embarquer des coffres d’or dans une chaloupe.

Tous les rapports indiquent que les embarcations (en fait la grande chaloupe - le "launch" - et le "life boat" qui étaient sur le grand rouf) ont chaviré dès leur mise à l'eau noyant les personnes qui étaient à bord. Cela ne laisse aucune possibilité pour que l’une d’entre elles ait pu arriver à l’endroit à Luzéronde avec un rescapé.

 

Le célèbre neuropsychiatre Boris Cyrunilk explique que notre mémoire est vivante. Elle reconstruit le passé pour qu’il soit cohérent avec nos idées et nos émotions. Parfois elle intègre des images qui viennent d’ailleurs. Ce travail intégrateur de la mémoire explique la fréquence des faux souvenirs qui ne sont pourtant pas des mensonges. On peut se souvenir d’un événement qui n’a jamais eu lieu. Boris Cyrunilk cite comme exemple sa propre expérience. Il se souvenait intensément avoir été sauvé à l’âge de 6 ans en 1944 d’une rafle des juifs par une infirmière qui l’avait caché dans une ambulance. Des années plus tard il a retrouvé l’infirmière qui lui a expliqué qu’elle l’avait jeté dans une camionnette. Il n’y avait jamais eu d’ambulance, mais le cerveau du jeune enfant avait au fil des années reconstruit ainsi le souvenir parce que infirmière cela va forcément avec ambulance.

Ainsi dans notre domaine un noyé richement vêtu ne peut être dans le souvenir de ceux qui l’ont aperçu il y a longtemps qu’un capitaine et non pas un simple matelot.

Le souvenir est déjà malmené par les premiers témoins, mais en outre quand il passe au cours de décennies de bouche en bouche, il se déforme et s’éloigne de plus en plus des faits d’origine. Les conteurs à leur tour arrangent le récit parfois pour l’enjoliver souvent pour donner un sens à des événements qu’ils ne comprennent pas. La jalousie est souvent le moteur de ces arrangements. 

Boris Cyrulnik explique cependant que si la mémoire transforme et modifie le souvenir, elle ne crée rien. Il lui faut un point de départ. Il y a toujours quelque chose à la naissance d'un mythe.

Toute comme j’avais cherché à retrouver l’épave, j’ai voulu savoir d’où était née la légende. Grâce au travail des historiens des amis de Noirmoutier, il a été possible de retrouver la source. Ils ont examiné méticuleusement tous les actes de décès des communes de Noirmoutier et des communes du littoral contigu. Car quelque soit les conditions du décès du capitaine du Queen of the South, qu’il y ait eu ou non un trésor, cet homme a obligatoirement été inhumé et les registres de l’état civil doivent le mentionner.

Rien n’a été trouvé dans les jours ayant suivi immédiatement le naufrage, sauf sur la commune de la Plaine sur mer. Cela concordait avec ce que je savais déjà. Les historiens ont continué leurs recherches. Ils ont découvert dans les registres de la Ville de Noirmoutier l’acte de décès n° 75 en date du 30 mai 1868. Cet acte apporte de surprenantes révélations.

Trois jours auparavant le 27 mai 1868, soit un peu plus d'un mois après le naufrage, Bodin André et Dupont Pierre, deux pêcheurs de l'Herbaudière, trouvaient au large du Pilier un cadavre d'homme qu'ils remorquèrent et déposèrent sur la plage de Luzéronde. Ce cadavre en état de décomposition avancé mesurait 1m 65. Il était assez richement habillé. Il avait notamment sur lui une ceinture de soie et quelques papiers dont trois certificats d’embarquement à différents noms tous de nationalité prussienne : Ferdinand Schwarden, Fer Schwadron, F. Schwuchon, Alexandre Schmoker. Il avait aussi un livret d'une société de solidarité de marins de Liverpool ce qui fit présumer qu'il s'agissait d'un marin du Queen of the South.

Il y a dans ce fait réel trois éléments que l'on retrouve dans la légende du trésor de la Reine du Sud :

- la plage de Luzéronde,

- deux découvreurs,

- le foulard ou ceinture (dans certaines versions de la légende, notamment celle rapportée par Mme Pénisson dans son livre "Noirmoutier une île en mémoire", le trésor est contenu dans un foulard).

La légende est probablement née de là. Ce cadavre assez richement vêtu a pu faire croire à un personnage important, le capitaine par exemple. Mais la réalité est plus triste : au cours des naufrages les gens emportent avec eux ce qu'ils ont de plus précieux espérant sauver leur maigre richesse avec leur vie. C'est hélas souvent le contraire qui se produit.

Ce pauvre matelot qui espérait garder ses beaux habits a frappé l'imagination des riverains. Une vingtaine de personnes avait assisté à l'inhumation et beaucoup plus de gens avaient dû voir le cadavre car le commissaire de police avait demandé si quelqu'un connaissait le noyé.

Mais il y a une autre chose troublante.

La fin du rapport des rescapés du Queen of the South paru dans l'édition du 1er mai 1868 du journal "Le Phare de la Loire" mentionne l’existence d’un curieux passager. Cette personne se faisait appeler Charles Shipman, mais précisait qu’en changeant ou en ajoutant deux lettres au nom qu’il portait on trouverait son nom véritable. Ce jeune homme de petite taille rentrait à Nantes où son frère était établi. Selon le Phare de la Loire Charles Shipman avouait avoir servi douze ans sur des navires américains, le dernier ayant été le Georgia. Charles Shipman ne figure pas sur la liste des passagers contenue dans les rapports du second John Boyle, mais le Phare de la Loire précise qu’il avait embarqué aux iles Chinchas. Ce ne pouvait donc être qu’un matelot provenant d’un autre navire, les îles Chinchas n’ayant pas de port mais étant un mouillage où de nombreux navires chargeant le guano se croisaient.

Il n’y a aucune certitude que Charles Shipman et le noyé de Luzéronde soient une seule et même personne, mais de fortes présomptions pour que ce soit le cas. En effet :

- Charles Shipman et le noyé de Luzéronde étaient de petite taille.

- Charles Shipman aimait travestir son nom. Le noyé de Luzéronde avait des papiers à différents noms mais qui tous commençaient par Sch (ce qui n'est pas loin de Shipman).

- Charles Shipman reconnaissait avoir servi pendant douze ans sur des navires américains. Le noyé de Luzéronde avait sur lui 3 certificats d'embarquement.

 

Si le noyé de Luzéronde était Charles Shipman, il pourrait être à l'origine de la légende de la famille revenant en France après avoir fait fortune car il rentrait d'un long séjour sur des navires en Amérique.

Remerciements

John Moore MA, Assistant Curator, Maritime Archives and Library, National Museums Liverpool.

Captain Michael Cicalese, executive director, Boston Mariners House.

The Peabody Essex Museum.

Carol Kiser, Visitor center San Francisco Maritime National Historical Park.

Philippe Boennec, Président de la Communauté de Communes de Pornic.

L’équipe de l’espace muséographique du sémaphore : Stéphanie Huchet, Elisabeth Herry, Stephane Brégeon.

L’association Les amis du sémaphore : Maurice Legault, président ; Roger Le Thomas.

Les plongeurs : André Meignen, Olivier Brichet, Bernard de Maisonneuve, Guillaume Lefevre, Jean François Miguet, Didier Guilet, Vincent Ydier, Bernard Molin.

 

Archives

Médiathèque de Nantes :

-" Naufrage du navire anglais Queen Of The South à la pointe St Gildas ", embouchure de la Loire" par Auguste Chérot. Impr. Lemesle , 12 mai 1868 Cote 51363/C206 

ADLA 44 :

-Registre des naufrages 7R1-1498

-Bris et Naufrages ; liquidation 7R1-1504

-Bris et Naufrages; demande en mainlevée 7R1-186

-Ponts et Chaussées 545-S-1

-lettres au Commissaire Général 7R1-978 dossier 1868

-Lettres au Ministre 7R1-161

-"Enquête sur le naufrage du navire anglais Queen of The South" Nantes Imprimerie Vincent Forest et Emile Grimaud Place du commerce, 4 1868 Chambre de Commerce de Nantes

-Phare de la Loire éditions du 26 avril 1868 et des jours suivants

Service Historique de la Défense Rochefort

Lettre de l’administrateur du quartier de Noirmoutier au Ministre de la Marine. Archives de l’Inscription Maritime correspondance du 25 janvier 1867 à décembre 1868. 4 PW 62

 

Bibliographie

-"Clippers of the Port of Portsmouth and the Men who built Them", Ray Brighton, The Portsmouth Marine Society / Port of Portsmouth Maritime Museum;

-"Greyhounds of the Sea, the Story of the American Clipper Ship". Carl C. Cuttler. United States Naval Institute. Annapolis Maryland. 1930 – 1961.

- « The American-Built Clipper Ship » William L Crothers

-"Clippers français, une histoire des voiliers de commerce rapide" Claude et Jacqueline Briot éditions du Chasse Marée 2003

-"La Baye de Bretagne, histoire de la baie de Bourgneuf " Louis Lacroix 1943

-"Les grands naufrages de l’estuaire de la Loire" Emile Boutin Editions Rives Reines 1992

- Revue Maritime et Coloniale, janvier 1870, tome 28ème

- « American clipperships » vol II 1833 1858 Octavius T. Howe and Frederick C Matthews

- « Clipper ships of America and Great britain 1833 1869 » Jacques et Helen Lagrange

- « The Colonial Clippers » Basil Lubbock.